‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 14 sur 234 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE SERVITEUR

Quel est ce mendiant? le connaissez-vous, maître? C'est étrange qu Argos ait Tair de le connaître.

EUMÉE

Bah ! Ton sait que le chien radote en vieillissant. SCÈNE IL

Les Mêmes, ULYSSE, envieux mendiant, le bâton à la malo et la besace sar le dos.

ULYSSE, entrant dans la cabane, et s'arrètant sur le seuil en regardant toujours le chien.

Il est mort! — Mort de joie en me reconnaissant!

Ah! Minerve a bien su me changer pour les hommes,

Mais non pour mon vieux chien, meilleur que nous ne sommes.

— Pauvre Argos! je n'ai pu — j'en ai comme un remord —

Te faire une caresse avant que tu sois mort.

11 essuie une larme.

Pauvre Argos!

Il fait quelques pas vers Buméo.

Mon ami, tu dois aimer la chasse.

Car j'ai vu sur ton seuil un chien de noble race ; J'ai vu d'autres limiers, et je suis connaisseur; Mais celui-là surtout m'a paru fin chasseur.

EUMEE.

Oui, oui, vraiment, c'était un chien de noble race. Qui lançait bien un cerf et suivait bien sa trace. Je voudrais voir autant d'urnes dans mes celliers Que ce chien a lancé de cerfs dans les halliers.

ULYSSE

Est-il à toi?

6& ULYSSE

EUMÉE

Son maître ayant quitté cette lie , J'ai recueilli son chien qui n'avait plus d'asile. — Mais toi, vieillard, pourquoi dans les champs d*alentour Rôdes-tu, solitaire, à la chute du jour?

ULYSSE

Mon ami, la misère est la loi la plus forte; C'est elle qui me pousse ainsi de porte en porte.

EUHÉE.

Tu n'as donc point, vieillard, de fils laborieux? Oar le fils doit nourrir son père infirme et vieux.

ULYSSE

J'en avais un; — j'en fus séparé de bonne heure.

EUUEE.

Tu n'as donc point d'amis qui t'ouvrent leur demeure?

ULYSSE

Changé, comme je suis, par l'âge et le regret, Aucun de mes amis ne me reconnaîtrait.

CUMÉE.

Est-ce un dieu courroucé qui t'a fait misérable. Pour te punir ainsi d'une action coupable?

ULYSSE

Les dieux de leurs arrêts nous dérobent le sens. Et souvent leurs rigueurs frappent les innocents.

EUMÉE

Je déclare, vieillard, que ton malheur me touche; Le pain que l'on mendie est amer à la bouche.

ULYSSE

11 est vrai qu'il est dur de mendier ; il faut Subir les vents glacés ou le soleil trop chaud, Cheminer à travers les pierres et les ronces , Et craindre, en arrivant, de mauvaises réponses;

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