‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 143 sur 234 · LÉO · texte numérisé non relu

LÉO

Oui.

M. BERNARD

C'est qu'on te croyait pendu, noyé, que sais-je? En Amérique, au diable!

LÉON, à Camille.

Est-il donc vrai? croii'ai-je Que mon sort à ce point ait pu vous émouvoir!

Camille sourit sans lui répondre.

M. BERNARD

Aussi tu disparais, vlan! sans dire bonsoir.

On apprend, un beau jour, que la terre est vendue.

Que le maître est en route et sa trace perdue.

CAMILLE

Et vos amis, Léon! N'aviez-vous pas songé Aux craintes dont leur cœur allait être assiégé?

Ils m'avaient défendu de leur parler.

M. BERNARD

Sans doute ; 11 m'en souvient, voisin, et de ce qu'il en coûte : Car, du jour où j'ai cru te devoir renvoyer, Avec toi le bon rire a quitté mon foyer.

Tu nous manquais, ma foi; j'étais mal à mon aise, Et regardais souvent la place de ta chaise.

Le comte, ton rival, ne te remplaçait pas; Beau garçon , mais ayant des goûts trop délicats : 11 était trop poli, trop plein de courtoisie; Sa parole coulait, lente, pure et choisie; 11 semblait que lui-même écoutât ses discours; Toujours doux, souriant; paré, ganté toujours. Les gros mots, bien gaillards, conmie je sais les dire. Expiraient tous devant son éternel sourire.

Puis il ne fumait pas ; pour finir le tableau , 11 n'aimait pas la chasse, et buvait beaucoup d'eau.

LEON, lui prenant la main.

Pauvre monsieur Bernard!

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