ACTE CINQUIÈME
CAMILLE
Que dites-vous, Reynold!
REYNOLD, à Camille.
Je VOUS rends votre foi.
— Donnez-lui votre main, Camille; il en est digne.
LÉON
•Moi! son mari!
CAMILLE
Mais vous?
REYNOLD
Oh! moi... je me résigne.
CAMILLE
magnanime cœur!
généreux ami !
REYNOLD
A vos remercîments je n'ai droit qu'à demi.
Je ne me pique pas d'un dévoûment stoîque ; Ma conduite est forcée, et n'a rien d'héroïque, Et j'eusse préféré, moins noble et plus heureux, Le rôle aimé, cousine, au rôle généreux.
A Léon.
Rien ne m'eût arraché les droits que je possède. Monsieur, si j'avais pu garder ce que je cède, Et je me prévaudrais de toute leur rigueur, Si j'espérais encor vous bannir de son cœur.
Je n'ai rien épargné pour ma propre victoire ; J'ai cru, pendant un an, que j'en aurais la gloire. Et, tantôt, plein encor de ces rêves si doux. Je regardais Camille avec l'œil d'un époux.
— Mais, quand au lendemain fixant mon mariage. J'ai pu voir la pâleur envahir son visage.
Et riionneur et Tamour se livrer à mes yeux Un combat d'où Thonneur sortit victorieux, J'ai compris que, vraiment, je me trouvais en face D'un de ces souvenirs que jamais rien n'efface ; Que recevoir la main, le cœur étant ailleurs, Ce serait l'un à l'autre enchaîner deux malheurs. Et que c'était l'instant auquel un galant homme Arrête un sacrifice avant qu'il se consomme.