‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 35 sur 234 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, PÉNÉLOPE.

Pénélope va s'asseoir à son métier, et travaille en silence. — Les suivantes Ûdèles se groupent derrière elle.

EURYCLÉE, à Pénélope, après un silence.

ma fille ! les chefs viendront chez vous ce soir; Par un de leurs hérauts ils vous Font fait savoir; Voulez-vous pas d'abord vous peindre la figure? La femme la plus belle a besoin de parure , Et la plus vertueuse a toujours un désir De plaire même à ceux qu'elle voit sans plaisir.

PÉNÉLOPE

Ne me conseille plus de me parer, nourrice ;

Je ne désire pas plaire à d'autres qu'Ulysse.

Je voudrais enlaidir du jour au lendemain ,

Pour éloigner de moi ceux qui cherchent ma main.

Malheureuse! voilà ma toile terminée.

Comment retarderai-je encor cet hyménée ?

— 11 manque un dernier point. — Déjà prise trois fois ,

Mon aiguille s'arrête et tombe de mes doigts.

Maudit soit l'ouvrier qui te fit si solide !

Que ne t'es-tu brisée , aiguille trop rapide !

Et toi, voile fatal, tout mouillé de mes pleurs,

Que n'ont-ils en tombant dévoré tes couleurs !

LE CHOEUR '

La jeune fille tout émue

Sent battre son cœur sous sa main ;

J . Parlé, et dit par Eurynoir.e.

Son cœur que doucement remue L'approche du premier hymen.

Pensive, et la tête inclinée Sur son coude nonchalamment, Elle songe aux chants d'hyménée Qui la troublent en la charmant.

Elle voit la bruyante escorte Qui l'accompagne jusqu'au seuil.

Où l'époux glorieux l'emporte Rouge et confuse, avec orgueil.

Chose mystérieuse et neuve.

L'hymen aux vierges parait doux ; — Mais il est triste, quand la veuve Prend à regret un autre époux.

PÉNÉLOPE

Triste, en effet ! La mort me semble préférable.

LE CHOEUR

Je vous plains , et j'invoque un dieu plus favorable.

PÉNÉLOPE

Non; je n'espère plus dans les dieux ennemis.

LE CHOEUR

Jusqu'au dernier moment quelque espoir est permis.

PÉNÉLOPE, secouant la tète d'un air de doute.

Hélas!

Page 1