‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 47 sur 234 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, ULYSSE. — II ootro en vieux mendiant, et s'arrôte sur le seuil.

MÉLANTIIIUS, allant Yors Ulysse.

Que veut ce vagabond, chargé de sa besace?

n va tout dévorer, tant il a Tair vorace.

— Va-t'en !

ULYSSE

Ne m'ôtez pas le pain dont j'ai besoin.

EUBIÉE, aux serviteurs.

Ménagez ce vieillard.

MELANTIIIUS, à Ulysse.

Va mendier plus loin !

ns ULYSSE.

TÉLÉHAQUE.

Holà ! quel est ce bruit ?

MÉLANTHIUS.

C'est un pauvre qu'on chasse , Maître, et qui ne veut pas s'en aller, quoi qu'on fasse.

TBLÉMAQUE.

Pourquoi donc le chasser? — Laissez; n'y touchez plus. Malheur à la maison d'où le pauvre est exclus.

Appelant Bumée, qui est i la tête des porchers.

Eumée, écoute ici.

Bumée s'approche de Télémaque.

Prends ce pain, et le porte A ce pauvre vieillard qui se tient vers la porte.

Montrant les prétendants.

Dis-lui qu'il peut venir mendier devant eux ,

Sans honte; il ne faut pas qu'un pauvre soit honteux.

EUMÉE, prenant le pain et le portant à Ulysse.

Je vais te rassurer et te combler de joie , Vieillard : voici du pain que le maître t'envoie. 11 te permet d'aller mendier devant eux , Disant qu'il ne faut pas qu'un pauvre soit honteux.

ULYSSE, mettant le pain dans sa besace.

C'est un digne jeune homme, Eumée, et je souhaite Qu'il puisse réussir en tout ce qu'il projette.

Il Ta vers la table , et s'adressant à Ctésippe , un des prétendants.

Mon ami, vous avez l'œil vif, le teint fleuri ;

On reconnaît en vous un homme bien nourri ;

Moi , je jeûne souvent. — Donnez-moi quelque reste.

CTÉSIPPE

Arrière, vagabond !

ANTINOUS

D'où nous vient cette peste?

ULYSSE

Un morceau de ce pain , que vous ne mangez pas , Serait pour l'indigent un excellent repas ; Songez que je n'ai rien , et qu'envers la disette , Le superflu du riche est chargé d'une dette.

CTÉSIPPE

Paix!

ULYSSE

Si vous n'êtes pas à l'abri du remords, Une bonne action eflace bien des torts.

CTÉSIPPE

Va-t'en. Tu n'auras rien.

ULYSSE, à Ampbinome.

Et vous, mon beau jeune homme, Ne donnerez-vous pas, magnanime Amphinome ?

Je suis sûr qu'au moment de choisir un époux, Toute fille voudrait un mari tel que vous.

Donnez , et puissiez-vous avoir en récompense Une femme prudente et craignant la dépense !

AMPHINOME, tendant sa coupo à Ulysse.

Prends ma coupe , vieillard , bois ce vin généreux , Et qu'un jour les destins te soient moins rigoureux !

ULYSSE, lui rendant la coupe , après avoir bu.

Noble Amphinome , fils d'un père respectable ,

Vous êtes un seigneur pieux et charitable ;

Écoutez en retour l'avis d'un vagabond.

— Qu'importe qui je suis, si mon conseil est bon ! —

Je vois qu'on fait ici des choses que je blâme ;

On pille un homme absent, et l'on poursuit sa femme;

Est-ce juste?. Non certe ; et je crois que les dieux

Ne toléreront plus ce pillage odieux.

Retirez-vous; partez; gagnez votre demeure,

il. 8

\n ULYSSE.

A l'instant ; n'attendez pas un jour, pas une heure : Partez vite ; la Mort ignore les délais ; Elle accourt, et déjà plane sur ce palais.

AMPHINOME, effrayé, se ]ôye, puis se rasseyant.

Bah ! j'y réfléchirai demain.

ULYSSE

Trop tard peut-être.

Reprenant un ton humble , et s*adressant à Antinous.

Donnez, Antinous; donnez, mon jeune maître; Vous devez donner plus qu'aucun de vos amis ; Car, à ne pas mentir, vous êtes le mieux mis ; Vous avez l'air d'un roi qui siège sur son trône. — J'étais riche autrefois, et je faisais l'aumône ; Mais mon vaisseau...

ANTINOUS

Paix donc ! éternel discoureur !

Va servir, fainéant, chez quelque laboureur.

Tu trouves plus aisé de vivre dans la rue , Que de gagner ton pain en poussant la charrue.

ULYSSE

Ohl si nous labourions, tous deux, au même endroit. Nous verrions qui ferait le sillon le plus droit. Non , allez ; je ne suis ni fainéant ni lâche ; Mais vous ne vous plaisez qu'à dire ce qui fâche. Moi, je suis un vieillard; — le lâche, c'est celui Qui, jeune et vigoureux, vit aux dépens d' autrui.

ANTINOUS, lui jetant un marchepied.

Ah! tu m'insultes! — Tiens!

TÉLEMAQUE, se levant et tirant à moitié son épée.

Par tous les dieux ! je jure. .

Ulysse arrête le bras de Télémaque, qui remet son épée dans le fourreau.

A Antinous, en se rasseyant.

Heureusement pour toi , mon hôte est sans blessure ; Si tu Tavais atteint, il t'en eût coûté cher.

ULYSSE, revenant vers le seuil, puis se tournant vers Ântinoas.

Ami des mendiants, venge-moi, Jupiter!

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