PROLOGUE
Nul depuis toi. Bis de Laërte, Dans ma grotte, aujourd'hui déserte, N'immola le chevreau naissant; Mais tu reviens, je puis attendre Et des fruits et le chevreau tendre Sur mon autel reconnaissant.
ULYSSE
Nymphes, sur votre autel je jure de répandre Le sang quotidien d'un chevreau bondissant.
LE CHCeUR.
Salut, ô magnanime Ulysse Que défend Minerve propice ; Toi qui m'offris maint sacriûce, Avec plaisir je te revoi.
Il faut, avant que tu t'abreuves De l'eau limpide de mes fleuves, Subir de nouvelles épreuves ; Mais Pallas veillera sur toi.
MINERVE, aux naïades.
Salut, nymphes I salut, divinités agrestes!
Les naïades se retirent rers la grotte.
ULYSSE
Déesse!...
MINERVE
Quoi?
Je crains des réponses funestes.
MINERVE
Tu parais combattu par la crainte et Tespoir.
ULYSSE
Je n'ose interroger, et brûle de savoir.
58 ULYSSE
HÎNERVE.
Je te comprends , Ulysse , et je lis dans ton âme : Tu veux m' interroger sur ton fils et ta femme.
ULYSSE
Oui, déesse.
MINERVE
Va-t'en, par delà ces rochers, Dans l'enclos où se tient le chef de tes porchers ; Là- bas, où vers le bois s'élève une fumée.
C'est là qu'est la maison de ton fidèle Eumée. 11 t'aime avec tendresse, et, d'un œil vigilant. Prend soin que tes troupeaux ne manquent par de gland.
— C'est lui qui te dira ce que tu veux apprendre.
ULYSSE
Pourquoi pas vous , déesse ? — Il est cruel d'attendre.
MINERVE
Près d'un simple mortel et dans un autre lieu, Tu peux t'en enquérir, sans le secours d'un dieu. Je n'interviens jamais, dans l'humaine fortune. Aux choses où suffit la prudence commune.
— Or, écoute-moi bien.
ULYSSE
J'écoute.
MINERVE
Il faut cacher Soigneusement ton nom même à ce bon porcher.
Prends garde, et ne te fais connaître dans Ithaque A personne, hormis à ton fils Télémaque.
Sache que, non content de tes anciens travaux, Le Destin te condamne à des dangers nouveaux. Tu devras redoubler de ruse et de constance ; Encor périrais- tu sans ma prompte assistance.