SCÈNE VIL
LES CRÉANCIERS, introduits par LE ClERG. — Parmi eux un VIEUX MONSIEUR, vôtu à l'ancienne mode , avec une douillette par-dessus ses habits; il donne le bras à une VI E I LLE FI LLE qu'il conduit vers un fauteuil , et s'assoit auprès d'elle.
PREMIER CRÉANCIER
Je perds cinq mille francs, dont j'ai bien des regrets.
DEUXIEME CREANCIER
JSt moi, cinquante mille!
PREMIER CREANCIER
Outre les intérêts.
DEUXIÈME CRÉANCIER
-(Cinquante mille francs , monsieur !
PREMIER CRÉANCIER, avec indifférence.
C'est une somme.
Vivement.
Je m'étais laissé prendre à ses airs d'honnête homme.
rit L'HONNEUR ET L'ARGENT.
DEUXIÈME CRÉANCIER
Le fait est qu*il avait des domaines princiers.
PREMIER CREANCIER
Vingt maisons I
DEUXIEME CRÉANCIER
Dix châteaux !
TROISIEME CRÉANCIER
Pièges à créanciers I
PREMIER CRÉANCIER
C'était un intrigant.
DEUXIEME CRÉANCIER
Un fripon , somme toute.
Vous n'avez pas d'argent; n'empruntez pas.
PREMIER CRÉANCIER
Sans doute.
TROISIEME CRÉANCIER
Croyez-vous que le fils nous palra?
DEUXIEME CRÉANCIER
Mon Dieu, non!
On tient plus à son or qu'à l'honneur de son nom.
QUATRIEME CRÉANCIER
Mais c'est affreux!
TROISIEME CRÉANCIER
Le monde est une triste chose !
LE VIEUX MONSIEUR, assis.
Les révolutions, monsieur, en sont la cause.
Tout est nié ; chacun raisonne d'après soi;
On n'a plus le respect; on a perdu la foi;
Les usages anciens sont traités de sornettes ;
— De là vient que les gens n'acquittent plus leurs dettes.
PREMIER CRÉANCIER
Nous plaiderons.