ACTE DEUXIÈME
Troublant l'astronomie, ébranle la foi même?
L'erreur matérielle, admise sur un point, Dans tout le Testament rend suspect le témoin ; Qui peut avoir failli n'est donc plus infaillible; Le doute est donc permis, l'examen est possible, Et l'on conclut bientôt, dès qu'on ose juger, De la fausse physique au dogme mensonger.
GALILÉE
Mais à la Bible, enGn, je ne suis pas contraire ; Josué se ployait au langage vulgaire.
l'inquisiteur.
Non. Ceci n'est encor qu'un affront travesti : Sous l'apparent respect, on voit le démenti.
Non, non ; le livre saint, foudroyant qui l'accuse. Demande qu'on le croie et non pas qu'on l'excuse. — Et, quand il serait vrai, comme ta loi le veut. Que le Soleil est fixe et la Terre se meut.
Par quel besoin faut-il divulguer un mystère Qu'un intérêt sacré te commandait de taire? Dans ce champ où s'ébat la docte vanité, Rien, en somme, n'importe à notre humanité; Qu'ont les hommes à faire avec les lois d'un globe Qu'à leur courte action sa distance dérobe?
Hais il importe à nous, que le Seigneur a mis Sur la terre, d'y vivre à sa règle soumis.
Nul ne souffre ici-bas d'une erreur des sciences; Un doute sur la foi tûrait les consciences.
Et déshériterait les peuples pervertis Du remords des forfaits, du frein des appétits. — Que si d'en bas je monte à la vie éternelle. Combien plus ton audace apparaît criminelle 1
166 GALILÉE
Quoi! ne frémis-tu pas, en osant te charger Des âmes dont tu mets le salut en danger?
GALILÉE
Moi, détruire la foi, quand j'agrandis le culte! Montrer Dieu dans son œuvre, est-ce lui faire insulte? Ah ! la comprendre mieux, c'est la mieux adorer. Et c'est l'honorer mal que la défigurer.
Les cieux, selon la Bible en qui nous de ons croire. Les cieux de leur auteur nous racontent la gloire ; Eh bien, j'ai mieux qu'un autre écouté leur récit. Et je l'ai répété comme les cieux l'ont dit,
— Par quel besoin? dit-on. Par un besoin auguste : La soif du vrai, l'horreur du faux, l'amour du juste. Dieu mit dans tous les cœurs ces instincts généreux. Et les fit si puissants, que l'on mourrait pour eux; C'est là qu*est la grandeur, et la force et la vie ; Qui les sert est pieux, qui les étouffe, impie. D'ailleurs, est-ce qu'on peut jamais les étouffer.
Et, pour m'avoir vaincu, croirez-vous triompher?
Peut-on barrer le cours d'une vérité neuve?
Arrêter une goutte, est-ce arrêter un fleuve?
Croyez-moi, respectez ces aspirations.
Elles ont trop d'élans et trop d'expansions
Pour souffrir qu'un geôlier les tienne prisonnières;
Laissez-leur le champ libre, ou malheur aux barrières !
— Ah! Rome, aux premiers jours de ton culte proscrit. Tu disais n'opposer au glaive que l'esprit;
N'as-tu donc triomphé que pour changer de rôle. Et toi-même opposer le glaive à la parole?
l'inquisiteur.
Ton nom, ô Galilée, est la rébellion.