FIN DB GALILEE
COMéDIB BN CINQ ACTBS, BN PROSB
lEPlÉSBNTÉE A VIBMMBy LB 9 OCTOBSB 1851.
En sortant de Vienne au nord, on suit un chemin bordé tour à tour de murs, de pierres sèches et de baies de buis. Par-dessus les murs et les baies, le regard découvre des jardins, des prés plantés d'arbres pareils à des vergers, des fermes blanchies à la chaux, aux toits de tuiles rouges. On monte une côte; on s*arréte devant une maison isolée.
Rien de modeste comme Taspect de celte maison. Elle est petite, à un seul étage, assombrie par un couvert de tilleuls. Mais quelle admirable situation ! A droite, un bouquet de bois couronne la colline; à gauche, entre deux montagnes, dans le lointain, le Rhône apparaît comme un ruban d'argent sur un fond bleu. La campagne est pleine de ruines et de souvenirs. C'est dans ce coin de la Gaule latine que Ponce-Pilate est venu mourir et Ton y voit son tombeau ; un peu plus loin, un pan d'aqueduc s'effondre sous les feuilles ; les pierres portent des inscriptions en chiffres romains; dans les champs, les laboureurs trou-
yent des médailles; dans les vergers, les abeilles murmurent comme au temps de Virgile.
Cette maison isolée s'appelle Mont-Salomon. Ponsard y est né ; il y a écrit Lucrèce et Molière à Vienne. Chaque année, il venait y passer l'automne auprès de sa mère.
Au mois d'octobre 1851, la troupe du théâtre de Grenoble donnait des représentations à Vienne. Les directeurs, MH. Padrès et Viallard, apprenant la présence de Ponsard dans sa ville natale, eurent la pensée de monter une de ses tragédies, Charlotte Corday.
Ils trouvèrent le poète à Mont-Salomon et lui firent part de leur intention. Ponsard, effrayé, leur demanda un peu de temps pour réfléchir. Le meilleur et le plus obligeant des hommes, il était aussi le plus exigeant lorsqu'il s'agissait de Tinterprétation de ses pièces : « Une tragédie I à Vienne! par la troupe de Grenoble! Non, jamais je ne consentirai à cela ! »
Et cependant comment répondre par un refus à la bonne volonté des directeurs de théâtre? Il pria son ami Alphonse Timon de lui servir d'intermédiaire auprès d'eux. — S'ils voulaient renoncer à la tragédie, Ponsard leur donnerait une petite pièce inédite dont l'action se passerait à Vienne.
Les directeurs acceptèrent avec empressement.
Ponsard adorait Molière et savait par cœur tout ce qui a trait à la vie du grand poète comique. Il se souvint d'un passage de la Vie de Pierre de Baissai, de l'Académie française, écrite en latin par Nicolas Chorier :
tt Jean-Baptiste Molière, y était-il dit, acteur distingué et auteur de comédies, était venu à Vienne. Boissat lui témoignait beaucoup d'estime. Il n'allait pas, comme certaines gens qui affectaient une sotte et orgueilleuse austérité, disant du mal de lui. Quelque pièce que Molière dût jouer, Boissat voulait se trouver au rang des spectateurs. Il voulait aussi que cet homme distingué dans son art prit place à sa table. Il lui donnait d'excellents repas et ne faisait point comme font certains fanatiques, ne le mettait point au rang des impies et des scélérats, quoiqu*il fût excommunié... »
Les représentations auxquelles assistait Pierre de Boissat avaient eu lieu en 1651; et, celte année-là précisément, un grand seigneur viennois, le comte de Maugiron, avait reçu dans son château d'Ampuis la visite du prince de Conti, le condisciple et le premier protecteur de Molière.
Quel plus charmant sujet trouver pour une pièce locale? Les originaux d'une petite ville de province au xvu« siècle, et, parcourant avec sa troupe les campagnes du Rhône, le jeune homme de génie qui devait être Fauteur du Misanthrope!
Il a trente ans et la charrette Où vagit son art nouveau-né.
Par un clair Jour d'avril s'arrête Sur un coteau du Dauphiné.
Ce coteau du Dauphiné, c'était peut-être Mont-Salomon.
Et Ponsard écrivit sur la première page d'un de ces cahiers reliés qu'il portait toujours avec lui :