ACTE PREMIER
MOLIÈRE
Je vous demande comment se nomme votre père?
Il se nomme M. Dimanche.
MOLIERE
Que fait-il?
ANGÉLIQUE
Il est marchand de draps, sous la halle, à deux pas
dt • •
MOLIERE
Bon ! j'ai besoin d'habits pour ma troupe, je passerai chez lui pour acheter des draps.
ANGÉLIQUE
Oui, monsieur. Oh! quel bonheur!
MOLIERE
Et celui que votre père veut vous faire épouser, comment s'appelle-t-il ?
ANGÉLIQUE
Il s'appelle Purgon, et demeure dans la grand'rue.
MOLIÈRE
Purgon 1 c'est uft apothicaire bien nommé. — Je comprends qu'on ne veuille pas être madame Purgon.
ANGÉLIQUE
Empêchez cela, monsieur Molière, je vous en conjure!
Je ne demanderais pas mieux, d'autant que j'ai décLai'é la guerre aux apothicaires et aux médecins.
ANGÉLIQUE
Vous avez raison ; ce sont de vilaines gens. Pourquoi ne guérissent-ils pas leurs malades, au lieu d'épouser les filles 7
MOLIÈRE
Comme si c'était leur métier d' accroître la population ! (Rdvant et le parlant à lui-même.) Quelle ruse inventer, pour nous débarrasser de ce Purgon?
BELLEROSE
Ohl quant à M. Purgon, ne vous inquiétez pas de lui : je connais une ruse qui nous en débarrassera.
MOLIÈRE
Laquelle ?
BELLEROSE
Par la corbleu I je lui passerai mon épée à travers le ventre.
MOLIÈRE
En effet, l'artifice est des plus adroits.
ANGÉLIQUE, pleurant.
Ah! monsieur, il le ferait comîne il le dit, et on le pendrait pour avoir tué ce vilain Purgon. Le comte de Maugiron a défendu, sous peine de mort, à ses hommes d'armes, d'avoir des duels avec des bourgeois.
MOLIÈRE, à Belleroie.
Vous servez donc dans une des compagnies commandées par le comte de Maugiron?
BELLEROSE
Oui, je suis sergent de ses mousquetaires, et on m'a
promis de l'avancement.