A MADAME
Un jour de la semaine sainte, Le lundi six avril, dit-on, Pétrarque priait dans l'enceinte De Sainte-Claire-d'Avignon.
C'était à cette heure indécise, Où l'aube succède à la nuit Et l'écho de la vieille église Ne répercutait aucun bruit.
Heure propice, où la prière, En un complet recueillement Absorbant l'âme tout entière, S'élève à Dieu plus purement.
Mais bientôt les vitraux se teignent D'une lueur au ton changeant; Toutes les veilleuses s'éteignent Dans leurs lampadaires d'argent.
Gomme des voix aériennes, Les cloches, tintant dans la tour, Appellent les âmes chrétiennes A la messe du point du jour.
Le poëte, après sa prière.
Laissait errer son œil rêveur Sur les dessins de la verrière S'illuminant au fond du chœur.
C'étaient de ces vieilles images.
Où brillent successivement Les saints, les anges et les mages Et tout le Nouveau Testament.
Vers le ciel bleu montent en foule Les vierges et les bienheureux ; Leur longue file se déroule Dans un fluide vaporeux.
Quand tout à coup des flammes vives, Transperçant le léger vitrail.
Baignent la nef et les ogives De blanc, d'azur et de corail.
Ainsi qu'une fine poussière Que soulève le vent du soir, L'encens flottait dans la lumière Tout à l'entour de l'ostensoir.
Par un eflet des plus étranges, Le Christ parut en ce moment Sur l'autel et parmi ses anges Dans un même rayonnement.
Et cette image grandiose, Symbolique apparition, Transformait en apothéose La divine Élévation.
Pendant que toute l'assistance Appai'aissait dans la clarté, Une femme avec persistance Se cachait dans l'obscurité.
Pétrarque, après la messe dite, La rencontrant sur son chemin.
Lui présenta de l'eau bénite, Et du doigt lui toucha la main.
Madame, vous savez la suite Aussi bien que le dénoûment
m POÉSIES DIVERSES.
De cette rencontre fortuite, Et de ce simple frôlement.
Jamais fiction poétique, Ni conte à plaisir inventé De cette histoire véridique N'ont valu la simplicité.
Pendant vingt ans, la blonde muse Au poëte inspira les chants Que la fontaine de Vaucluse Murmure depuis cinq cents ans.
Mettant son génie à l'épreuve, Il variait à Tinfini, Par une forme toujours neuve. Ses sonnets et ses canzoni.
En ces temps de galanterie, Tant fêtés par les troubadours, La fleur de la chevalerie Couronnait les chastes -amours.
Amours de Pétrarque et de Laure, Liens formés par Tesprit pur.
Vous brillez comme un météore Au sein du moyen âge obscur.
Si j*ai rappelé cette histoire Que j'allonge en la racontant.
C'est que je m'étais mis à croire Que vous ^tiez là, m* écoutant.
Cette fête m'est interdite; Je n'oserais, quand je vous vois, Vous présenter de Teau bénite, Ni vous toucher du bout des doigts.
Pourtant, je le jure, madame, Tout nous le dit, mon cœur le sent, 11 est une parenté d'âme Comme il en est une du sang.