‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 206 sur 219 · LB6ENDE · texte numérisé non relu

LB6ENDE

L'empereur des Francs, le roi Charlemagne, A mandé vers lui ses nobles barons :

Il va convertir les Maures d'Espagne Qui sont mécréants, païens et larrons.

Le comte Roland prend sa cotte d'armes Et sa Durandal et son olifant; Près du paladin Galésinde en larmes Retient ses sanglots qui vont Tétouffant.

« Adieu! je m'en vais combattre en Espagne :

L'empereur vers lui mande ses barons.

Garde-moi ta foi pendant la campagne; Quand je reviendrai, nous nous marirons. »

Sur la haute tour, Galésinde monte; Mais son fiancé ne vient pas encor ;

GALÉSINDE AU COUVENT. 335

Elle voit de loin un page du comte :

tt Madame, dit-il, votre sire est mort;

)) Est mort, combattant les Maures d'Espagne Qui sont mécréants, païens et larrons.

L'empereur des Francs, le roi Charlemagne, A perdu là-bas ses meilleurs barons. »

Galésinde, pâle autant qu'une morte, Sans répondre un mot, resta sur le seuil ; Et, le lendemain, on ferma la porte Du couvent prochain sur l'amante en deuil.

Or, dans Roncevaux, la gorge maudite, Où par trahison sont morts tant de preux ! Après la bataille, un pieux ermite Aperçut Roland qui rouvrait les yeux.

Il avait au poing un tronçon d'épée; On voyait fendue au-dessus de lui La roche en granit qu'il avait coupée Et par où les bœufs passent aujourd'hui.

Roland, bien pansé, revint à la vie ; Il rentra chez lui plus prompt que le vent; Mais, à son retour, il sut que sa mie Avait pris le voile au prochain couvent.

Lors, sur le sommet du roc solitaire Le comte Roland bâtit une tour

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