ACTE DEUXIÈME
Les bourgeois pleins d'ardeur invoquaient à grand bruit
Les principes, le droit, et tout ce qui s'ensuit;
Mais, sitôt qu'ils ont vu qu'accourant en sous-ordre,
V leur propre gâteau le peuple voulait mordre.
Leur feu pour la justice et pour l'égalité
S'est éteint dans l'amour de la sécurité.
Les fatiguer de plus en plus, par nos tactiques,
De l'orage qui bat les flots démocratiques
Entretenir toujours une agitation.
Brouiller les sections et la Convention,
Hâter les électeurs et manœuvrer de sorte
Que l'on mette au plus tôt l'Assemblée à la porte.
Rappeler que son sein a vomi la terreur,
Et qu'il est temps enfin qu'après tant de fureur.
Cette vieille mégère aille cuver dans l'ombre
Tout le sang qu'engloutit sa dictature sombre,
Voilà notre mot d'ordre ; il m'amuse beaucoup ;
Je siffle, j'applaudis, je hurle avec le loup :
« Vive la République I » et je trouve des charmes
A la tuer chez elle avec ses propres armes.
LA. MARQUISE, regardant Humbert.
Je doute fort, à voir l'un de ses assassins.
Qu'elle ait à s'alarmer beaucoup de leurs desseins.
Enfin d'où sortez-vous?
LE VICOMTE
Des brouillards; j'en échappe, Et j'ai vu votre père à ma dernière étape.
LA MARQUISE
Eh ! parlez donc 1 — Gomment est-il ?
LE VICOMTE
Plein de vigueur.
LA MARQUISE
Qu'est-ce qu'il vous a dit?
LE VICOMTE
Il m'a percé le cœur.
— Marquise, vous savez que mon sort déplorable Est de vous adorer, encor qu'inexorable.
LA MARQUISE
Passons, je sais cela ; je vous tiens, en retour, Pour le parfait miroir du véritable amour.
LE VICOMTE
Eh bien, un dernier coup, si j'en crois votre père, Terrasse ma constance et défend que j'espère.
— Un rival est vainqueur.
HUM SERT, à part, se levant.
Que dit-il!
LE VICOMTE
En un mot, Vous êtes mariée, ou le serez bientôt.
HUM SERT, à part.
Dieul
LE VICOMTE
Votre beau-frère a su rendre sensible Un cœur que mes soupirs trouvent inaccessible.
HUMBERT, de môme.
Son beau-frère!