‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 70 sur 219 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

PREMIER SOLDAT

Tu fus donc des trois cents qui marchaient dans la mer 7

ARISTIDE

Oui.

PREMIER SOLDAT

Conte-nous ça.

ARISTIDE, figarant avec le doigt sur la table lea lieux qu'il désigne.

Tiens : voici la terre ferme ; C'est ici la presqu'île, où l'ennemi s'enferme ; Là, le fort qui la couvre, et, derrière le fort, Le banc de sable étroit qui la rattache au bord. — Il fallait emporter ce fort inaccessible.

Franchir le banc de sable, en plein jour, impossible; Des deux côtés le feu des bâtiments anglais En balayait le sol, labouré de boulets.

Donc, pour risquer l'assaut qu'il roulait dans sa tète, Le général attend la nuit et la tempête.

L'orage ayant crevé, le ciel étant bien noir. Le voilà qui s'ébranle à dix heures du soir.

Sur la langue de sable il fait (iler dans l'ombre Trois lignes...

PREMIER SOLDAT

J'en étais, et, malgré la nuit sombre, Les canonniers anglais nous ayant entrevus.

Les boulets, par ma foi, pleuvaient serrés et drus.

ARISTIDE

A l'adjudant Humbert il donne trois cents hommes. Nous entrons dans la vague, armés comme nous sommes.

C £ R Ë S , montrant an point sur la table.

ARISTIDE

La lame roule et nous fouette les yeux ; Plus d'un tombe, emporté par le flot furieux. Et, pour ne rien trahir, retient son cri suprême ; Aveuglés, suffoqués, nous marchons tout de même. Cérës marchait aussi, bravement, sans broncher. Sauf qu'une fois ou deux j'ai dû la repêcher.

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