AU NOM DU \M:UE, DU FILS ET DU SAINT-ESPHIT
Quoique ma santé soit eu l'état oùelle est d'oidiuairc, je dois uie préparer à la mort. C'est dans lette vue que je fais et que j'écris de ma propre main le présent testament, révoquant et annullant par celui-ci tout autre testament antérieur.
Je déclare que je veux mourir entre les bras de l'Eglise catholique, apostolique et Romaine, ma mère. Dieu , qui lit dans les cœurs , et qui me jugera , sait qu'il n'y a eu aucun moment de ma vie , où je n'aie conservé pour elle une soumission et une docilité de petit enfant , et que je n'ai jamais cru aucune des erreurs qu'on a voulu m'imputer. Quand j'écrivis le livre intitulé : Explication des Maximes des Saints , etc., je ne songeai qu'à séparer les véritables expériences des saints approuvés de toute l'Eglise , d'avec les illusions des faux mystiques , pour justifier les unes , et pour rejeter les autres. Je ne fis cet ouvrage que par le conseil des personnes les plus opposées à l'illusion, et je ne le lis imprimer qu'après qu'ils l'eurent examiné. Comme cet ouvrage fut imprimé à Paris en mon absence, on y mit les termes de trouble involontaire par rapport à Jésus-(Mu-ist , lesquels n'étoient point dans le corps de mon texte original, comme certains témoins oculaires d'un très-grand mérite l'ont certifié , et qui avoient été mis à la marge , seulement pour marquer une petite addition qu'on me conseilloit de faire on cet endroit-là, par une plus grande précaution. D'ailleurs il me sembloit, sur l'avis des examinateurs , que les correctifs inculqués
dans toutes les pages de ce petit livre écartoient avec évidence tous les sens faux ou dangereux. C'est suivant ces correctifs que j'ai voulu soutenir et justifier ce livre, pendant qu'il m'a été libre de le faire. Mais je n'ai jamais voulu favoriser aucune des erreurs en question , ni flatter aucune personne que je connusse en être prévenue. Dès que le pape Innocent Xil a condamné cet ouvrage, j'ai adhéré à son jugement du fond de mon cœur et sans restriction, comme j'avois d'abord promis de le faire. Depuis le moment de la condamnation , je n'ai jamais dit un seul mot pour justifier ce livre : je n'ai songé à ceux qui l'avoienl attaqué , que pour prier avec un zèle sincère pour eux , et que pour demeurer uni à eux dans la charité fraternelle.
Je soumets à l'Eglise universelle et au siège apostolique tous les écrits que j'ai faits, et j'y condamne tout ce qui pourroit m'avoir échappé au-delà des véritables bornes. Mais on ne doit m'attribuer aucuns des écrits que l'on pourroit faire imprimer sous mon nom. Je ne reconnois que ceux qui auront été imprimés par mes soins, et reconnus par moi pendant ma vie. Les autres pourroicnt ou nôtre pas de moi , et m 'être attribués sans fondement , ou être mêlés .vec d'autres écrits étrangers, ou être altérés par des copistes. A Dieu ne plaise que je prenne ces précautions par une vaine délicatesse pour ma personne ! Je crois seulenjent devoir au caractère épiscopal , dont Dieu a permis que je fusse honoré, qu'on ne m'impute aucune erreur contre la foi , ni aucun ouvrage suspect.
Je laisse à chaque domestique qui se trouvera actuellement à mon service au jour de ma
TESTAMENT DE FENELON.
mort , une année entière de ses gages, outre ce qui se trouvera lui être dû jusqu'à ce jour-là. De plus, je prie mou héritier ci-dessous nommé d'examiner , avec mes exécuteurs testamentaires, ce qu'il seroit peut-être à propos de faire en faveur de quelques-uns d'entre eux.
lY.
Je souhaite que mon enterrement se fasse dans l'église métropolitaine de Cambrai , en la manière la plus simple , et avec le moins de dépense qu'il se pourra. Ce n'est point un discours modeste que je fasse ici pour la forme : c'est que je crois que les fonds qu'on pourroit employer à des funérailles moins simples doivent être réservés pour des usages plus utiles , et que la modestie des funérailles des évêques doit apprendre aux laïques à modérer les vaines dépenses qu'on fait dans les leurs. Pour les rétributions des prêtres qui diront des messes , et pour les aumônes à distribuer après ma mort , j'en laisse la décision à mon héritier et à mes exécuteurs testamentaires , ne pouvant douter ni de leur piété ni de leur amitié tendre pour moi.
Je nomme et constitue mon héritier universel , Léon de Beaumont , mon neveu, lils d'une de mes sœurs , en qui j'ai reconnu dès son enfance des sentimens dignes d'une singulière amitié , et qui n'a jamais cessé , pendant tant d'années , d'être pour moi coujuie le meilleur lils pour son père. Je ne lui marque rien , et je laisse tout à sa discrétion , parce que je suis pleinement persuadé qu'il fera, de concert avec mes deux exécuteurs testamentaires , le meilleur usage qu'il pourra de ce qu'il trouvera de liquide dans ma succession.
Je nomme pour exécuteur du présent testament M. l'abbé de Chanterac , mon parent , (jni a été mon conseil dans ce diocèse , qui m'a témoigné une amitié à toute épreuve , et pour fjui j'ai une grande vénération. Je nomme aussi M. i'abbé de Langeron, ami précieux que Dieu
m'a donné dès noti'c jeunesse, et qui a fait une des plus grandes consolations de ma vie. J'espère que ces deux bons amis si chrétiens ne refuseront par leurs conseils et leurs soins à mon héritier.
Quoique j'aime tendrement ma famille , et que je n'oublie pas le mauvais état de ses affaires , je ne crois pourtant pas lui devoir laisser ma succession. Les biens ecclésiastiques ne sont pas destinés aux besoins des familles, et ils ne doivent point sortir des mains des personnes attachées à l'Eglise. J'espère que Dieu bénira les deux neveux que j'ai élevés auprès de moi , et que j'aime avec tendresse à cause des principes de probité et de religion dans lesquels ils me paroissent s'affermir.
Fait à Cambrai le cinquième jour de mai de l'an mil sept cent cinq.
Signé , FRANÇOIS , Archevêque-Duc de Cambrai.