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Méprise du chancelier d'Âguesseau.
Le chancelier d'Aguesseau a écrit, dans sas Mémoires sur les affaires de l'Eglise de France : « Le dernier moyen » que tentèrent les partisans de M. de Cambrai, fut d,e pro- » poser au Pape de faire des canons de théologie mystique , » qui prévinssent toutes les disputes et qui servissent de » règle aux théologiens dans une matière si subtile : rien » n'étoit plus adroitement imaginé que ce détour, qui ten- » doit, non-seulement à éterniser l'affaire, mais à sauver » le livre de l'archevêque de Cambrai, qui n'auroit pas man- » que de se soumettre à ces canons, et de dire que c'étoit » la le véritable esprit de son ouvrage; mais le Saint-Père, » malgré sa simplicité naturelle, malgré le peu de capacité n qu'il avoit dans les matières théologiques , et le poids de » sa grande vieillesse , sentit d'abord le piège qu'on lui ten- » doit ; et se mettant en colère, il déclara qu'il vouloit abso- » lument que l'affaire linit. »
Lorsque le chancelier d'Aguesseau écrivoit ces Mémoires, il ne connoissoit pas encore la Relation du Quiétisote de l'abbé Pbélippeaux, ni les lettres de l'abbé Bossuet. Ces deux témoins, non suspects et ennemis si passionnés de Fénelon, lui auroient appris qu'Innocent XII saisit avec empressement ce projet de canons; qu'il se transporta luimême à la congrégation des cardinaux pour les proposer et faire adopter, et qu'il ne céda qu'avec une peine extrême à l'avis des cardinaux , qui jugèrent ce plan plus propre à entretenir les disputes qu'à les terminer. Nous voyons , par les lettres manuscrites de l'abbé de Chanterac, que', pendant les deux jours où l'on fut incertain à Rome si ce projet de canons seruit ou ne seroit pas adopté , il ne savoit liiimème ce qu'il en devoit espérer ou craindre pour l'intérêt de l'archevêque de Cambrai. Il est possible , il est même assez vraisemblable, que ce projet avoit été suggéré au Pape par des prélats de sa cour , qui désiroient épargner à un archevêque recommandable , la honte d'une censure ; niais il n'en est pas moins vrai qu'Innocent XII , bien loin de regarder ce projet comme un piège , en avoit fort à cœur le succès.
No VIll. — PAGE 134.
Condamnation et défense de noire très-saint Père, par la Providence divine, Innocent pape , Xll du nom , du livre imprimé à Paris en 1697, sous ce titre : Explication des Maximes des Saints sur la Vie intérieure.
pressant secours de notre vigilance p; donné ce même livre h quelques-uns de
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MI (lu 1)0111, il la nif'inuir»; per|)clin;lle de la cliosc.
Aussitôt qu'il est venu à la connoissance de notre saint Siège apostolique, qu'un certain livre français avoit été mis
1 Histoire ecclésiastique , liv. -22 , n. 41.
Emeri/, Char/es Clousier, 1697, et qu'en même temps il s'étdil répandu, par toute la France , de si grands bruits de la mauvaise doctrine de ce litre , qu'ils auroient requis le lastorale : nous avons quelques-uns de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine , et à d'autres docteurs en théologie, pour être par eux examine avec toute la maturité qu'une chose si importante demandoit En exécution de nos ordres, ils ont sérieusement, et pendant longtemps, examiné , dans plusieurs congrégations, diverses propositions extraites de ce même livre , sur lesquelles ils nous ont rapporté, de vive voix et par écrit , ce qu'ils ont juge de chacune. Nous donc, après avoir pris les avis de ces mêmes cardinaux et docteurs eu théologie , dans plusieurs congrégations tenues à cet elfet en noire présence, désirant, autant qu'il nous est donné d'en haut . d'aller au-devant des périls du troupeau du Seigneur, (pii nous a été confie par le Pasteur éternel , de notre propre mouvcnient et de notre certaine science , après une mûre délibération, et par la plénitude de l'autorité apostolique, 7ious condamnons et réprouvons, par la teneur des présentes, le livre susdit ^ en quelque lieu et en quelqu'autre langue qu'il ail ete imprimé, qiielqu'édition et quelque version qui en ait été faite ou qui en sera faite dans la suite, d'autant que par la lecture et l'usage de ce livre , les fidèles pourroienl être insensiblement conduits dans les erreurs déjà condamnées par l'Eglise catholique; et aussi comme contenant des propositions qui, dans le sens des paroles, ainsi qu'il se présente d'abord , et selon la suite et la liaison des senlimens, sont téméraires, scandaleuses, malsonnantes, offensives des oreilles pieuses, pernicieuses dans la pratique et même erronées respectivement ; avec prohibition et défense à tous et un chacun des fidèles, même ceux qui devroient être ici nommément mentionnés, de l'imprimer, le décrire, le lire, le garder et s'en servir , sous peine d'excommunication qui sera encourue par les eontrevenans, par le fait même et sans autre déclaration. Voulant et commandant par l'autorité apostolique, que quiconque aura ce livre chez soi , aussitôt qu'il aura connoissance des présentes lettres, il soit tenu, sans aucun délai , de le délivrer et mettre entre les mains des ordinaires des lieux ou des inquisiteurs contre le venin de l'hérésie, nonobstant toutes choses -i ce contraire. Voici maintenant les propositions contenues au livre susdit , lesquelles nous avons condamnées , comme on vient de le voir par notre jugement et censure apostolique, traduites du français en latin. On se borne à donner la version française , et dont la teneur s'ensuit :