‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 73 sur 422 · LIX. — Demande · texte numérisé non relu

LIX. — Demande

Je ne crois pas que vous désapprouviez ces expressions , laixse)' tomber les réflexions , s'oublier, aller à Dieu sans retour sur soi-même.

RÉp. — Ceux qui se sont servis de ces termes dans ces derniers temps ont parlé trop généralement contre les réflexions; et en cela, comme en beaucoup d'autres propositions de leurs livres, ils sont tombés dans l'erreur qui fait confondre la cbose avec l'abus qu'on en fait , c'està-dire , la rejeter à cause qu'on en abuse.

Il me send)le que ceux qui se sont servis de ces expressions entendent le retranchement des rétlexions empressées de l'amour-propre. Je ne comprends pas qu'on puisse supposer que la vie se passe sans faire des réflexions , quoique je comprenne bien que les anies simples en font moins que les autres, (^e que je conçois donc sur cela , est qu'il faut retrancher les réflexions d'amour-propre , et pour certaines âmes, celles qui interromproient la vue de Dieu dans les temps d'oraison simple, et enliu toutes celles qui ne viennent point d'impression de grâce.

RÉP. — C'est une grande erreur d'exclure la reconnoissance et l'action de grâces , qui ne peut être sans qu'on réfléchisse sur les dons qu'on a reçus; ce qui est conforme à cette parole de saint l'aul : :\ous avons reçu un esprit qui est de Dieu, afin de conno/ire les dons qu'il nous a donnés.

Il est vrai que, quand l'ame se simplifie tous les jours , les réflexions se simplifient aussi : on en a moins besoin, quand on a pris l'habitude de porter dii-ecteinent son cœur à Dieu. Mais quand vous mettez parmi les réflexions qu'il faut exclure, celles qui ne viennent point d'impression de grAce : ou par l'impression de grâce, vous entendez celle qui vient de la grâce ordinaire; et en ce cas, il n'y en a point qui n'en vienne , et penser autrement . ce seroit l'erreur des Pélagiens . ou vousentendez, par l'impression de la grâce, une grâce et une impression extraordinaire ; et s'attendre à celle-là , c'est ce qui s'appelle tenter Dieu , et se jeter dans tous les inconvéuiens qu'on a marqués.

Toute la doctrine contenue dans ces réponses se réduit à ces chefs.

1" Il fautcroire, comme une vérité révélée de Dieu , qu'on doit expressément et distinctement pratiquer toutes les vertus , et en particulier ces trois, la foi, l'espérance et la charité , parce que Dieu les a commandées, et leur exercice.

-2" Il fautcroire avec la même certitude, qu'il a pareillement commandé les actes qu'elles inspirent, qui sont la demande et l'action de grâces, comme des actes où consistent la perfection de l'ame en cette vie, et la vraie adoration qu'elle doit à Dieu.

:]" Pour s'exciter à faire ces actes , il suffit de connoître que Dieu les a commandés , et il n'est pas permis de demeurer pour cela dans raltente d'une impulsion et oi>.'ration extraor-

LETTRES DE BOSSUET A MADAME DE LA MAISONFORT

dinaire; ce qui seroit tenter Dieu , et ne pas se contenter de son coiinnandenient e\|>ris.

-4" Il faut croire pourtant qu'un ne pratique aucun acte de vertu sans une grâce qui nous prévienne, qui nous soutienne, et qui nous tasse agir.

.-)" Cette grâce n'est pas celle qui met les liomines dans l'état passif, puisqu'elle est commune à tous les saints, qui pourtant ne sont pas tous passifs,

(»" L'étal qu'on nomme passif consiste dans la suspension du discours , des réilexions et des actes qu'on nomme de propre effort et de propre industrie, non pour exclure la grâce , puisque ce seroit l'erreur de Pelage, mais pour exclure les voies et manières d'agir ordinaires.

7° C'est une erreur de croire que cet état passif soit perpétuel , i-i ce n'est peut-être dans la sainte Vierge , ou dans quelque ame d'élite qui approche en quelque façon d'une perfection si éminente.

8° De là il s'ensuit que l'état passif ne regarde que certains momons , et entre autres ceux de l'oraison actuelle , et non tout le cour:-, de la vie.

0° C'est pareillement une erreur de croire qu'il y ait un acte qui contienne tellement tous les antres qui sont expressément commandés de Dieu , qu'il exempte de les piodune distinctement dans les temps convenables. Ainsi on doit toujours être dans cette disposition.

40" 11 se peut donc faire qu'on soit en certains momens dans l'impuissance de faire de certains actes connijandés de Dieu; mais cela ne peut pas s'étendre à un long temps.

1 I " L'obligation de faire ces actes est douce, aussi bien qm; la pratique, parce que c'est l'amour qui rinq)ose , l'amour qui commande cet exercice, l'amour qui l'inspire et le dirige.

l^" 11 ne faut point gêner, sur la pratique des actes , les âmes (lu'on soit sincèrement disposées à les faire. Au contraire , on doit [)résunier qu'elles font dans le tenq)s ce qu'il faut , surtout quand on les voit persévérer dans la vertu ; car au lieu de gêner les âmes de bonne volonté, il faut, au contraire, leur dilater le coHir, soit (pi'elles soient dans les voies communes , ou dans les \ oies extiaordiuaires : ce qui en soi est indiiréreni , et tout consiste à être dans l'ordre de Dieu.

AVERTISSf^MEM

SUR l, OCCASION ET LF. Sl'Jf.T

DES Ql estions; et des REPONSES SUIVANTES.

Comme M. deMeaux m'avoit marqué que, s'il me restoit encore des difficultés, je pouvoisles lui proposer, et que tous mes doutes ne furent pas éclaircis par les premières réponses de ce prélat, je lui écrivis une seconde lettre, à laquelle il répondit, article par article, comme à la première.

LETTRE ÎI.

Lh prélat cûntinue de i-époiidre ù ses difllcultés i. A Lisy. ce 5 avril 1696.

nroiQVE je sois en visite, et assez occupé, Dieu me presse, ma tille, de vous répondre. Rendez-vous bien attentive à mes réponses, où j'espère que Dieu vous fera trouver tout ce qui vous est nécessaire.

Dieu vous donne la véritable et parfaite simplicité ; qu'il tempère votre activité ; qu'il vous donne une vraie action , et dans cette vraie action , un vrai et parfait repos. Dieu est là. Je suis à vous en son saint amour -.

Demande.

Quand j'ai dit , monseigneur, que la simple attente du recueillement et une certaine douce attention à Dieu me disposoient mieux au recueillenient, que ne feroieni certains ed'orts, je n'ai prétendu parler que pour le temps de l'oraison '.

• 1,11 Hrliilhin (In Ottiflisnir \kw VwhW Pln'lipiMMiu , l'I k-s Œiirrrs (le ll<,ssi«-t ,\u- r.'iircnii.Mil (|ii.' les ii. \i , xv, xvi , \x rt XXI di- coUo si'coiidp Icllif. \ dyi/ lis (H'.in-n's de tlus.siirl, t. \xviii, p. 217, etc.

^ ■ .11' ne sais de qui-l ilali- fliufiil mes secondes (Iciiundes, elles leviiiieill n-poiullies a\e( l,i lellic ([ui i)ir'iode, dalc'e du 5 avril lO'.Ui.

■' * I,e prClat va trouver que je m'expliciimis mal ; j'en cdiivieiis : mais ce (|iie j'eiileiulois, c'est (lu'uii simple reldur a Dieu, une di)U<i' aUeiilidii a sa |)reseiuc sdiiveiil [leii seiisiMe, nie disposuionl a un reciioillenieiil plusmarciué ; au lieu ipi'il .irrivoil, ce qui m'urrive eiirtue , lorsque, ne me cdiilenlaiil pas de ce recueilUMueul <léli(al et (jrescjue iuipeiceplible, je laisois eerlaius elfdrls, t|ue loin de uu- prdciirer par la un re-

LETTRES DE BOSSUET A MADAME DE LA MAISONFORT

Hki'. — Je lie sais ce que veut dire celle tlouce atlenlion distinguée du recueillement. Quand on distingue des choses si unies, ou plutôt si unes, je présume qu'on n'entend pas bien ce que l'on dit , et qu'on cliorclie à s'éliloiiir soi-même.

Il y a de certains ellbrls qui répugnent à un certain genre d'oraison parfaite. Il y a même un certain état d'oraison où l'on est purement passif en certains momens, sans aucune action, sans aucun elfort ; mais cela est n)omentané, et seulement pour certains temps qui ne peuvent être longs.

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