‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraireChapitre 79 sur 271 · LA PATIENCE ET L'ÉDUCATION CORRIGENT BIEN DES DÉFAUTS · texte numérisé non relu

LA PATIENCE ET L'ÉDUCATION CORRIGENT BIEN DES DÉFAUTS

Unf. ourse avoit un petit ours qui venoit de naître. Il étoit horriblement laid. On ne reconnoissoil en lui aucune ligure d'animal : c'étoit une masse informe et hideuse. L'ourse, toute houleuse d'avoir un tel fils , va trouver sa voisine la corneille , qui faisoit un grand bruit par son ca(juet sous un arbre. Que ferai-je , lui ditelle, nja bonne commère, de ce petit monstre? j'ai envie de l'étrangler. Gardez-vous-en bien , dit la causeuse : j'ai vu d'autres ourses dans le même embarras que vous. Allez : léchez doucement votre fils ; il sera bientôt joli, mignon , et propre à vous faire honneur, La mère crut facilement ce qu'on lui disoit en faveur de son fils. Elle eut la patience de le lécher long-temps. Enfin il commença à devenir moins difforme , et elle alla remercier la corneille en ces termes : Si vous n'eussiez modéré mon impatience, j'aurois cruellement déchiré mon fils , qui fait maintenant tout le plaisir de ma vie.

0 que l'impatience empêche de biens et cause de maux !

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