‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 3)Chapitre 85 sur 125 · LE FILS DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LE FILS DE L'EMPEREUR

Au fils de Tempereur Napoléon premier; El les braves Viennois, certes, ne pouvaient croire <Jue de TEmpire mort et de sa vieille gloire r*o major autrichien conservât le regret.

Soulemenl on a su depuis qu'il en mourait.

Il n'avait pas dix ans, pftle et chétive Altesse Dans le parc de Schœnbrunn promenant sa tristesse, Jt*une aiglon se sentant vaguement prisonnier, Ouand, dans un carrefour désert, un jardinier, <irand vieillard aux traits durs, à la moustache grise, Prit par le bras Tenfant tout troublé de surprise; Puis, écartant sa veste et montrant sur son cœur Vn ruban rouge auquel pendait la croix d'honneur, Ch homme, apparemment un des vieux de la vieille <iue Bonaparte aimait à tirer par l'oreille.

Lui cria :

t Monseigneur, connaissez-vous cela?... »

L<* duc fondit en pleurs ; mais, depuis ce temps-là, Avec le froid chagrin d'un cœur qui désespère, Tous les jours, à toute heure, il pensait à son père. En cachette, le soir, l'enfant impérial, Lisant les Bullelitts et le Mémorial^

Évoquait les combats fameux, la Grande Armée, Les aigles scintillant dans la rouge fumée, Et, dominant de loin la guerre et son horreur. Là-bas, sur le coteau, son père, l'Empereur, Dans un ciel triomphal où plane une Bellone; Et, la nuit, il voyait en rêve la Colonne !

Il en mourait!

Un jour que cette obsession Le torturait avec plus d'obstination, Pour dompter à tout prix sa pensée orageuse.

Le duc se fit seller une bête ombrageuse.

Un barbe très rétif, que nul n'osait monter.

Hors de Vienne, il le fit galoper et trotter. Et sur les grands chemins alors couverts de neige Il plia l'animal aux travaux du manège.

Tout le jour il courut ainsi. Le cavalier, A force de fatigue, enfin put oublier Le glorieux souci dont son âme était pleine, Mais, s'étant arrêté, le soir, dans une plaine. Au moment où le froid soleil de la saison Tombait, rouge et brumeux, derrière l'horizon. Il ne reconnut pas le morne paysage.

Il s'était égaré. Lui soufflant au visage.

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Un âpre vent du nord le faisait frissonner; Fit le duc de Reichstadt voulut s'en retourner, (^r il se sentait mal et grelottait la fièvre.

Une femme passa, conduisant une chèvre.

< Où suis-je ? lui dit-il. J'ai perdu mon chemin. »

Alors la paysamne indiqua de la main Un clocher de village à Tancien roi de Rome; Et, tout en souriant à l'élégant jeune homme, Elle jeta ces mots, sans plus s'en soucier :

« Vous êtes à Wagram, mon petit officier. »

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