‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 5)Chapitre 2 sur 79 · LA MARCHANDE DE JOLUNAUX · texte numérisé non relu

LA MARCHANDE DE JOLUNAUX

Avec la brave vieille aux yeux intelligents ; €ar mon goût est très vif pour les petites gens. Et, tout en déployant la Presse ou la Patrie, <)ui m'envoyait sa bonne odeur d'imprimerie, J'avais pour mes trois sous un instant d'entretien.

— « Mon Dieu ! pour le moment, ça ne va pas trop bien. <7est la morte saison, vous savez... et la Chambre Ne se réunira que vers la mi-novembre.

Les grands formats sont nuls, et les petits journaux N'ont que les faits divers et que les tribunaux... Vous autres, les messieurs, vous chassez, ou vous ^tcs Aux bains de mer, aux eaux... Sans le sou des grisettcs, Qui ne voudraient pour rien manquer le feuilleton De leur Petit Journal^ à peine vivrait-on...

Pour écouler ce tas de papiers qu'on imprime, C'est triste a dire, mais il faudrait un gros crime... Je ne désire pas qu'il arrive, grand Dieu !

Mais, du temps du procès Billoir, quel coup de feu ! Quand on a publié toutes ces infamies, Monsieur, j'étais au bout de mes économies; Mais, en un mois, et rien qu'avec les illustrés^ Eh bien ! j'ai pu payer deux termes arriérés... Mais ce n'est qu'un hasard. . . Tandis que les tapages A Versailles, voilà le temps des forts tirages!

Ça ne peut pas manquer et ça revient vingt fois.. Aussi, lorsque je fais un billet pour mon bois^ Pendant la session j*en fixe Féchéance, Et je m'acquitte après une bonne séance. >

Je m'éloignais, trouvant singulier le destin Qui voulait que ce fût le crime du niatin^ Ou le tumulte fait dans les Chambres, la veille. Qui donnât quelque aisance k cette pauvre vieille* Je trouvais un plaisir ironique à savoir Que Fantique combat du peuple et du pouvoir Et tout leur vain travail pour mettre en équilibre Le besoin d'être fort et l'ardeur d'être libre. Le prétoire vibrant à la voix des tribuns, L'Assemblée en démence et les cris importuns Qu'on poussera toujours autour du Capitole, Et tout ce que produit, aux jours de rage folle. Le parlementarisme et son jeu régulier.

Aidassent cette femme à payer son loyer.

Il me plaisait assez que le bruit de la Presse Assurât par hasard le pain d'une pauvresse, Et que tout ce scandale eût ce bon résultat Qu'elle pût vivre, à bord du vaisseau de FÉlat Durement ballotté sur la mer politique.

Ainsi qu'une souris dans un transatlantique.

Pauvre enfant ! il n'a plus sa mère ni Mais sa bonne-maman relèvera, j'espi Maintenant, il n'a plus que moi, cher] Il a coûté la vie à ma fille en naissanj Et voilà des malheurs qu'on ne peut pas Desorphelinsd'unjour!... Quanta mon Il était étameur de glaces; et les geni Dans ce vilain métier, ne durent pas S'ils n'ont pas les poumons comme un A cause du mercure.

— Allons ! un su( Dis-je à l'enfant, qui vint pour me rei Prit mes sous et courut, joyeux, chez El, quand je fus resté seul avec la man

— « L'enfant se porte bien ?

— J'attendais h Monsieur, — répondit-elle avec un gros sol C'est le chagrin que j'ai tous les jours à subi Xon ! il ne va pas bien... Que je suis malheuretiîi Avec ses yeux cernés et sa figure creuse, C'est tout son père... Il souffre, hélas ! le cher peli Il tousse, il dort à peine, il n'a pas d'appétit.

LA MARCHANDE DE JOURNAUX. ii

Enfin, le médecin dit que c'est la croissance ! . . . C'est qu'il est si mignon. . . et d'une obéissance ! . . . Et tout ce qu'il voudrait, il l'apprendrait, je crois, Mon Joseph... A l'école, il a toujours la croix... Mais sa santé... voilà ce qui me désespère!

— Courage ! — dis-je.

— Enfin, mon commerce prospère.

Continua l'aïeule, — et de telle façon, Monsieur, que rien ne manque à mon pauvre garçon. Le bon Dieu, quand j'ai trop de mal, me vient en aide. Tenez ! j'ai cru l'enfant malade sans remède. Voilà tantôt trois ans... Le docteur ordonna Des médicaments chers, du vin de quinquina... Mais, juste en ce moment, je m'en souviens encore, La Chambre renversa le cabinet Dufaure, Et j'ai pu — je gagnais des douze francs par jour — Donner ce qu'il fallait à mon petit amour...

Au Seize Mai, — la vente allait, je vous assure ! — J'ai fourni mon Joseph de linge et de chaussure ; Et quand le Maréchal, à la fin, est tombé.

J'ai fait faire un habit tout neuf à mon bébé... 3>

Le retour de Joseph finit la causerie;

a CONTES EX VERS.

Mais je sortis de là Fàme tout attendrie.

Et j^arais Ic ic e nt fris par le simple roman De cet enfant malade et de sa'gvtfid'maman.

Le lendemain, je dus partir pour la province. Mais sans les oublier; et l'intérêt fort mince Qu'aux choses de l'État jusqu'alors j'avais mis. Grandit, quand je songeais à mes humbles amis. Car je ne pouvais plus juger la politique Qu'au point de vue étroit de leur pauvre boutique ; Et quand, par un hasard devenu bien banal.

J'apprenais, en voyant les pages du journal Pleines d'alinéas et de rappels à Tordre, Que nos législateurs avaient failli se mordre Et qu'en plein Parlement ils s'étaient outragés, Rêveur, tout en lisant leurs discours prolongés, Où le bon sens souffrait autant que la grammaire. Je me disais :

— « Tant mieux! pour la pauvre grand'méiv >

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A mon retour, j'appris que l'enfant était mort.

Voici l'intéressant langage qu'on tenait :

— « C'est fort heureux ! Tant pis pour Tancien cabinet !

Il subit justement la loi de la bascule.

Morel était trop vieux, et Morin ridicule;

Moreau s'imaginait être de droit divin,

Kt Morand recevait par trop de pots-de-vin...

Tandis que parlez-moi du nouveau ministère!

Dubois est éloquent et Dufour est austère;

Malgré ses tristes mœurs et deux serments trahis,

Dupont, par ses talents, honore son pays;

Dupuis est fin; Durand est loin d'être une bête...

Nous aurons avec eux la politique honnête.

Leur programme est très bien, que donne mon journal :

I/ordre et la liberté... C'est fort original.

(]es gens-là n'iront pas commettre une imprudence... >»

Href, il était acquis, et de toute évidence,

Oue le groupe Morel-Morin-Morand-Moreau

De tout progrès utile eût été le bourreau

Kt que droit à l'abîme il menait la patrie;

Tandis qu'agriculture, arts, commerce, industrie,

Allaient fleurir et prendre un essor bien plus grand.

Par la combinaison Dufour-Dubois-Durand.

Je connaissais Durand, un homme fort aimable,

Car je lui retrouvai l'aÎB Les jours de gain, du I

— c Le pauvre mort- Est oublié... Ce n'est (

Mais, devant mon regarilJ

— a Ab!— fit-elle, Si j'ai le cœur coûtent âm Moi, je n'ai plus besoin c Mais, pour Joseph, avec ( J'ai pu prendre un terrain £ Et j'ai fait des billets, et I Pui-s, si vous pouviez voir a Un vrai jardin!... Je vais [ Ça me coûte bien cher; niaial Son tombeau tout couvert c Il me semble que c'est ma pd

Je lui serrai les mains, hontei Kl, depuis lors, ayant médité ] Je suis tout consolé quand i Car, ces jours-là, l'enfanl a dej

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