‹ Œuvres complètes de François CoppéeChapitre 1 sur 9 · ADAGIO · texte numérisé non relu

ADAGIO

La rue ctait dcscric ; et le tlancur morose

Et triste, comme sont souvem les amoureux,

Qui passait, l'œil fixé sur les gazons poudreux,

Toujours à la même heure, avait pris l'habitude

D'entendre ce vieil air dans cette solitude.

Le piano chantait sourd, doux, attendrissant,

Rempli du souvenir douloureux de l'absent

Et reprochant tout bas les anciennes extases.

Et moi, je devinais des fleurs dans de grands vases.

Des parfums, un profond et funèbre miroir.

Un portrait d'homme à l'œil fier, magnétique et noir.

Des plis majestueux dans les tentures sombres.

Une lampe d'argent, discrète, sous les ombres.

Le vieux clavier s'offrant dans sa froide pâleur. Et, dans cette atmosphère émue, une douleur Epanouie au charme ineffable et physique Du silence, de la fraîcheur, de la musique. Le piano chantait toujours plus bas, plus bas. Puis, un certain soir d'août, je ne l'entendis pas.

Depuis, je mène ailleurs mes promenades lentes. Moi qui hais et qui fuis les foules turbulentes. Je regrette parfois ce vieux coin négligé. Mais la vieille ruelle a, dit-on, bien changé : Les enfants d'alentour y vont jouer aux billes. Et d'autres pianos l'emplissent de quadrilles.

c4 TES VEUX

ELLE sur une mer houleuse, la frégate Emporte vers le Nord les marins soucieux. Telle mon âme nage, abîmée en tes yeux. Parmi leur azur pâle aux tristesses d'aga.e.

Car j'ai revu dans leur nuance délicate Le mirage lointain des Edens et des cieux Plus doux, que ferme à nos désirs audacieux La figure voilée et sombre d'une Hécate.

Hélas ! courbons le front sous le pcids des exils ! C'est en vain qu'aux genoux attiédis des amantes Nous cherchons l'infini sous l'ombre de leurs cils.

Jamais rayon d'amour sur ces ondes dormantes Ne vibrera, sincère et pur, et les maudits Ne retrouveront pas les anciens paradis.

£T l^UC^C ET SEiMTE\

' ous l'éclat blanc du jour, sous la fraîcheur des cèdres, Sous la nuit où poudroie un peuple de soleils. Longtemps j'ai promené mes souvenirs, pareils Aux tragiques douleurs des Saphos et des Phèdres ;

Mais l'azur clair, les bois profonds, les blondes nuits En moi n'ont point versé leurs influences calmes ; Sous les astres, sous les rayons et sous les palmes, Sans espoir je promène encore mes ennuis.

Que la forêt frémisse ainsi qu'un chœur de harpes, Ou que le soir s'embaume aux calices ouverts, Le son ou le parfum des maux jadis soufferts Descend sur ma pensée en funèbres écharpes.

Ames tristes des fleurs, chastes frissons des bois, Me haïssez-vous donc, puisqu'il faut que je sente Dans vos arômes chers les baisers de l'absente Et que j'entende en vos échos vibrer sa vois ?

A Albert Mérat

ES longs récits autour du poêle, à la caserne, La guinguette et l'amour ne sont plus de saison. Boucle ton sac et sangle à tes reins la giberne ; Conscrit, le régiment change de garnison.

La route est sèche et blanche, et lointain l'horizon ; Si tes pieds sont meurtris, marche dans la luzerne, Et ne regarde pas le houx de la taverne ; Les traînards ont la belle étoile pour maison.

— Je suis du régiment de misère. La tombe. Dernière étape, est loin encore, et je succombe De fatigue, de faim, de soif et de chaleur.

Je marche, sans espoir que mon tourment s'apaise, Et, comme un soldat fait de l'arme qui lui pèse. Je ne puis que changer d'épaule ma douleur.

LES 'B%qA^CHES

JT ALPiTANTE encore du bal, Elle voulut, la blonde fille, M'accompagner jusqu'à la grille Où j'avais lié mon cheval.

Malgré l'appel des ritournelles.

Au jardin nous nous attardions, Et les choses que nous disions Étaient tristes et solennelles.

Nous avions pris le long chemin.

Nous avions pris le chemin sombre.

Je ne la voyais pas dans l'ombre.

Mais je la tenais par la main.

Nos baisers rh}thmaient nos paroles.

Et nous suivions, tendres et las, La voûte obscure des lilas.

Qui s'étoilait de lucioles.

sous LES BRANCHES

Et ma chevelure baignait,

Comme dans l'eau les pleurs d'un saule,

Son front posé sur mon épaule.

Son doux front qui s'abandonnait.

Et pour que l'opaque ramure Couvrît notre rêve enchanté De silence et d'obscurité, La brise apaisait son murmure.

Poèmes divers

Poèmes divers

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