POÈMES DIVERS
Que la bise des nuits flagelle La tente où j'irai bivaquant, Mais que le maillot où je gèle Soit fait de pourpre et de clinquant!
Q.ue j'aille errant de ville en ville Chassé par le corrégidor, Mais que la populace vile M'admire, ceint d'un bandeau d'or !
Qu'importe que sous la dentelle, Devant mon cynisme doré, Les dévotes de Compostelle Se signent d'un air timoré,
Si :a gitane de Cordoue, Qui sait se mettre sans miroir Des accroche-cœurs sur la joue Et du gros fard sous son œil noir,
Trompant un hercule de foire Stupidc et fort comme un cheval, M'accorde, un soir d'été, la gloire D'avoir un géant pour rival !
Croule donc, ô mon passé, croule.
Espoir des avenirs mesquins, Et que je tienne enfin la foule Béante sous mes brodequins !
Que je la voie, ardente, suivre Le cercle pur que décriront Les sonores poignards de cuivre Sur ma tête envolés en rond.
Et que, l'œil fou de l'auréole Qu'allume ce serpent vermeil, Elle prenne un jour pour idole Le fier jongleur, aux dieux pareil !
I^CNiOCEC^CE
A Léopold Horovitz
\Di chétive, une haleine, une âme.
L'orpheline du porte-clés Promenait dans la cour infâme L'innocence en cheveux bouclés.
Elle avait cinq ans ; son épaule Était blanche sous les haillons ; Et, libre, elle emplissait la geôle D'éclats de rire et de rayons.
Un bon vieux repris de justice Sculptait pour elle des joujoux; L'ancien crime et le jeune vice L'avaient prise sur leurs genoux;
Et, rappelant la mandragore Qui fleurit au pied du gibet.
Elle était plus charmante encore Le jour qu'une tête tombait.