SUR L'AMENDEMENT DE M. MORTIMER-TERNAUX
Aux Démocvates.
Non, je ne me trompe pas; je sens battre dans ma poitrine un cœur démocratique. Comment donc se fait-il que je me trouve si souvent en opposition avec ces hommes qui se proclament les représentants exclusifs de la Démocratie?
Il faut pourtant s'entendre. Ce mot a-t-il deux significations opposées?
Il me semble^ à moi, qu'il y a un enchaînement entre cette aspiration qui pousse tous les hommes vers leur perfectionnement matériel^ intellectuel et moral, et les facultés dont ils ont été doués pour réaliser cette aspiration.
1 A rAssemblée législative, dans la séance du ]«r avril 1850, pendant la discussion du budget de Tinstruction publique, M. Mortimer- Ternaux, représentant du peuple, proposa, par voie d'amendement, une diminution de 300,000 francs sur la dépense des lycées et des collèges, établissements fréquentés par les enfants de la classe moyenne.
Sur cette question, les réprésentants de Textrême gauche votèrent avec Textrême droite. L'amendement mis aux voix fut rejeté par une faible majorité.
Dès le lendemain^ Bastiat publia, sur ce vote, dans une feuille quotidienne, l'opinion que nous reproduisons.
{Note de l'éditeur.)
JE
Dès lors, je voudrais que chaque homme eât, sous sa responsabilité, la libre disposition, administration et contrôle de sa propre personne, de ses actes, de sa famille, de ses transactions, de ses associations, de son intelligence, de ses facultés, de son travail, de son capital et de sa propriété.
C'est de cette manière qu'aux États-Unis on entend la liberté, la démocratie. Chaque citoyen veille avec un soin jaloux à rester maître de lui-même. C'est par là que le pauvre espère sortir de la pauvreté; c'est par là que le riche espère conserver la richesse.
Et, en effet, nous voyons qu'en très-peu de temps ce régime a fait parvenir les Américains à un degré d'énergie, de sécurité, de richesse et d'égalité dont les annales du genre humain n'offrent aucun autre exemple.
Cependant, là, comme partout, il y a des hommes qui ne se feraient pas scrupule de porter atteinte, pour leur avantage personnel, à la liberté et à la propriété de leurs concitoyens.
C'est pourquoi la loi intervient, sous la sanction de la Force commune, pour prévenir et réprimer ce penchant désordonné.
Chacun concourt, en proportion de sa fortune, au maintien de cette Force. Ce n'est pas là, comme on l'a dit, sacrifier une partie de sa liberté pour conserver l'autre. C'est, au contraire, le moyen le plus simple, le plus juste, le plus efficace et le plus économique de garantir la liberté de tous.
Et un des problèmes les plus difficiles de la politique, c'est de mettre les dépositaires de cette Force commune hors d'état de faire eux-mêmes ce qu'ils sont chargés d'empêcher.
Les Démocrates français, à ce qu'il paraît, voient les choses sous un jour tout différent.
Sans doute, comme les Démocrates américains, ils condamnent, repoussent et flétrissent la Spoliation que les citoyens seraient tentés d'exercer de leur chef, les uns à l'é-