ÉPISODE
A l’époque où Nicolas travaillait encore chëz Knapen, il allait souvent se promener le soir le long des quais de l’tle Saint-Louis, lieu qu’il affectionnait à cause de la vue, dont on y jouissait alors, des deux rives de la Seine, couvertes à cette époque de cultures verdoyantes et de jardins. Il y restait d’ordinaire jusqu’au coucher du soleil. Revenant un soir par le quai Saint-Michel, il remarqua en passant une femme enveloppée dans un capuchon de satin noir, et accompagnée d’un homme mûr coiffé d’une perruque carrée à trois marteaux, lequel pouvait être son mari ou son intendant. Le pied de cette dame, chaussé d’une mule verte, le ravit en admiration, — on sait que c’était là son faible, — et il ne pouvait en son esprit le comparer qu’à celui de Mme Parangon ou à celui de la duchesse de Choiseûl. La figure était cachée; il se borna à conclure du pied au reste de la personne, selon le système que Buffon a appliqué à l’étude des races.
Il eut l’idée de suivre ce couple mystérieux; il vit bientôt l’homme mûr et la dame descendre le pont et s’enfoncer dans la rue Saint-Jacques jusqu’à l’embranchement qu’elle forme avec la rue Saint-Séverin. Arrivé là, l’homme indiqua à la dame une porte d’allée, la regarda entrer, s’assura qu’elle était reçue dans la maison, puis il s.’éloigna. Ce qui intriguait le plus Nicolas de celte séparation du couple qu’il avait suivi, c’est que la maison où était entrée la dame lui était connue pour un logis assez suspect; c’était un de ces tripots où joueurs et femmes parées de tqute sorte s’assemblaient autour d’un tapis de pharaon. Il entra résolûment, prit place à la table sans affectation, et examina toutes les mules des dames attablées, qui de temps en temps se levaient et parcouraient la salle. Aucune n’avait de mule verte; aucune surtout n’avait ni le pied
IÆS ILLUMINES
de Mme Parangon ni celui de Mme de Choiseul. Qu’était donc devenue la femme voilée?... Il finit par se décider à le demander à la dame qui présidait à la table de jeu ; mais, en approchant d’elle, Nicolas reconnut sous la parure étincelante, sous les ajustements hasardés de cette personne, une compatriote, une femme de Nitri, — autrefois fort belle, — alors tombée dans la classe des baronnes de lansquenet. La reconnaissance fut touchante. La baronne se souvint d’avoir fait, lorsqu’elle n’était que paysanne, danser sur ses genoux le jeune Nicolas.
— Que viens-tu faire ici ? lui dit-elle. Quoi que je puisse être aujourd’hui, j’ai peine à voir que le fds d’honnêtes gens se trouve dans un pareil lieu.
Nicolas lui raconta son amour subit pour la mule verte et surtout pour le pied délicat qu’elle supportait sur son talon évidé, haut de trois pouces.
— Comment se fait-il que je l’aie vue entrer, dit-il, et qu’elle ne soit pas ici?
— Elle est ici, dit la baronne; elle est dans'la chambre voisine qui donne sur ce salon par une porte vitrée... Tiens-toi bien, elle te regarde peut-être.
— Moi? dit Nicolas.
— Ainsi que ces messieurs... C’est une grande dame, curieuse de connaître ce qui se passe dans ces maisons qui leur sont interdites, et, si...
— Si...?
— Enfin, je te l’ai dit, pose-toi bien. . . sois gracieux !
Nicolas n’y comprenait rien. L’heure du souper était venue.
Le jeu fut interrompu, et toute la société prit part à ce banquet, qui est d’usage dans ces sortes de maisons vers une heure du matin. Cependant, la dame à la mule verle ne paraissait pas ; tout à coup la maîtresse de la maison, qui était sortie un instant de la salle, revient près de Nicolas et lui dit à l’oreille :
— Vous avez plu... Je suis contente de voir ce bonheur arriver à un garçon de notre pays. Seulement, résignez-vous,
il y a une condition... Vous ne la verrez pasl C’est bien assez d’avoir vu déjà sa mule verte.
Le lendemain matin, Nicolas se réveilla dans une des chambres de la maison. Le rêve avait disparu. C’était l’histoire de l’Amour et Psyché retournée : Psyché s’était envolée avant l’aurore, l’Amour restait seul. Nicolas, un peu confus, encore plus charmé, essaya d’interroger l’Iiôtesse ; mais c’était une femme discrète et certainement payée pour l’étre. Elfe voulut même persuader à Nicolas qu’il était venu dans la maison un peu animé par quelque boisson généreuse... et qu’enfin il avait rêvé. Nicolas, qui ne buvait que de l’eau, n'admit pas cette supposition.
— Eh bien, lui dit la Massé (elle s’appelait ainsi), maintenant, tremble. Tu ignores quelle est cette dame à la mule verte... Tu ne le sauras jamais.
— Quoi ! je ne pourrai la revoir?
— Tu ne l’as pas vue.
— La retrouver?...
— Prends. garde d’essayer seulement de suivre sa trace. D’ailleurs, elle ne portera plus de mules vertes, sois-en assuré. Tu ne la rencontreras plus à pied, comme hier au soir. Oublie tout cela.
Et, pour appuyer ‘ce conseil, elle lui remit une bourse pleine de pistoles que Nicolas jeta à terre avec, indignation. Ce fut seulement quelque temps plus tard, dans quelques salons littéraires où il raconta cette aventure, qu’il entrevit là-dessous un mystère relatif à quelque grande dame ; mais à peine à cette époque osait-on appuyer sur de telles suppositions. On s’étonnera également aujourd’hui, d’après les allures des héros de romans modernes, qu’il n’eût pas fait l’impossible pour retrouver la dame inconnue; mais un pauvre imprimeur presque sans ressource avait trop à risquer dans une telle recherche *. Son cœur, du reste, changeait facilement d’objet.
I. Restif de la Bretonne prétend, dans un des récits qu’il a faits de cette aventure, qu’un homme était aposté pour le suivre et le tuer à l’écart, s’il avait tenté de suivre la dame rfiystérieuse. Le fait lui aurait été assuré depuis.
LES ILLUMINÉS
Quinze ans plus tard (1771), Nicolas s’éloigne de Paris pour remplir un triste devoir. U est sur le coche de Sens ; triste et pensif,, il regarde avec ‘désespoir une compagnie de dames élégamment vêtues, qui causent et rient sur l’arrière du bateau :
— Que de gens, s’écrie-t-il, moins malheureux que moi!... Infortuné ! je vais voir mourir ma mère 1
Deux dames se détachent de la foule et causent en passant, sans le voir, près du coin obscur oh il s’est blotti.
— Quel nom, dit l’une des deux, donnerons-nous ici à la jeune demoiselle, afin qu’on ignore le sien ?
— Appelons-la Reine , dit l’autre; c’est presque une reine, en effet, mais qui s’en doutera ?
— Reine, oui, reprit la première en riant, si c’était vraiment la fille du prince de Courtenay, le plus vieux nom de France; mais c’est sa mère seule qui le dit.
— N’a-t-elle pas eu raison, dit l’autre dame, de vouloir revivifier cette branche antique , la plus noble qui soit dans la chrétienté ? Songe donc, ma chère, qu’il n’y aura plus de Courtenay qu’en Angleterre. Qui osera- désormais porter l’écusson aux cinq besants d’or, plus éclatant que celui des lis ?
— Après tout, ce n’est qu’une fille, dit l’autre dame, par conséquent elle a eu tort. Il fallait un garçon pour ne point laisser périr le titre et pour hériter des positions !
— Elle a fait ce qu’elle a pu. Les légitimités ne sont pas toujours heureuses. — Et le jeune homme était-il bien?
— Elle l’a vu, sans qu’il la pût voir; il avait vingt ans environ...
En ce moment, les dames s’aperçurent de la présence de Nicolas, qui, dans l’ombre, la tète dans ses mains, ne semblait pas avoir pu les entendre.
— Pauvre homme! dit l’une des dames, il parait bien souffrir : il ne fait que pleurer depuis Paris. Il n’est plus jeune, mais ses yeux ont une vivacité pénétrante... Vois avec quel
attendrissement il regarde Septimanette... Il pleure encore» Il a peut-être perdu une fille de son âge !
La jeune fille s’était, en effet, rapprochée de ses deux gouvernantes ; Nicolas se leva comme ayant entendu les derniers mots. %
— Oui, précisément de son âge ! dit-il avec une émotion profonde qui toucha les deux darnes et la jeune fille. Permettez-moi de l’embrasser.
La jeune fille s’y prêta avec une grâce enfantine.
— Et..., dit Nicolas en relevant la tète, une de vous, mesdames, est sans doute sa mère ?
— Ni l’une ni l’autre... Elle est d’un sang...
L’une des dames fit signe à l’autre de ne pas achever.
— Oh! d’un beau sang! dit Nicolas après avoir attendu vainement la fin de la phrase. Que son père doit être heureux!
— Son père ne l’aime pas, parce que c’est une fille... et qu’il espérait...
Un second coup d’œil de l’une des dames réprima l’indiscrétion de l’autre. En ce moment, le coche s’arrêta devant une prairie au fond de laquelle on apercevait un château. Une barque vint chercher les dames et la jeune fille, qu’une voiture armoriée attendait sur la berge.
— Que je l’embrasse une seconde fois ! dit Nicolas.
On le lui accorda par pitié pour son chagrin, bien que cela parût, cette fois, quelque peu indiscret. En embrassant la jeune fille, Nicolas tira une fleur du bouquet quelle portait, et la mit dans un livre. Le coche avait repris sa marche vers Sens.
— Quel est ce château? dit Nicolas à un marinier.
— C’est Courtenay.
Il était donc vrai : la dame inconnue était la célèbre Septimanie, comtesse d’Egmont, la fille de Richelieu, l’épouse d’un prince qui n’avait pas su se donner d’héritier. Tout s’expliquait dès lors, et il regretta les récits imprudents qu’il avait faits de cette aventure; car s’en déclarer le héros, ce ne pouvait
LES ILLUMINES
être ni très-honorable ni très-prudent. Ce ne fut qu’en 1793 que Nicolas osa raconter le dernier épisode; le premier avait paru en 1 746, mais déguisé de telle manière, qu’on ne pouvait en reconnaître les personnages. De telles aventures étaient fréquentes à cette époque, où elles eurent lieu quelquefois même du consentement des maris, soit dans l’idée de conserver des titres ou des privilèges dans une famille, soit pour empêcher de grands biens d'aller à des collatéraux par suite d’unions stériles.
ZÉFIHE
Après l’histoire de ce caprice de grande dame, il faudra descendre bien bas dans la foyle, il faudra monter bien haut dans les sentiments pour s’expliquer les circonstances bizarres du récit que nous avons à faire. Depuis la mort de Mme Parangon, nul épisode ne fut plus douloureux dans l’existence de l’écrivain, et il l’a reproduit lui-même sous la triple forme du roman, du drame et de mémoires. Ceci se rapporte encore à l’époque où, toujours ouvrier compositeur, il n’avait encore publié aucun livre. Il dut sans doute à cette aventure l’idée de l’un de ses premiers ouvrages.
Nicolas passait un dimanche près de l’Opéra, qui se trouvait alors faire partie du Palais-Royal. — Il remarqua à une fenêtre . de la rue Saint-Honoré une jeune fille qui chantait en pinçant de la harpe. Elle paraissait n’avoir que quatorze ans; son sourire était divin, son air vif et doux, le son de sa voix pénétrait le cœur; elle se leva, et sa taille guêpée, comme on disait alors, se mouvait avec une désinvolture adorable. Un instant, Mme Parangon fut oubliée; — un instant après, son souvenir plus vif rendit à Nicolas la force de fuir la sirène.
En retournant le soir chez lui, rue Sainte-Anne, il revint par
le même chemin. La jeune fille n’élait plus à la fenêtre; elle marchait le long des boutiques, sur le pavé boueux , avec des mules roses et une robe à falbalas. Nicolas, jeune encore et le cœur plein d’un cher souvenir, n’éprouva qu’un sentiment de pitié. Il interrogea la pauvre enfant, qui lui répondit qu’elle se nommait Zéfire, et qu’elle demeurait dans la maison avec sa mère, sa sœur et leurs amies. Il y avait tant d’innocence apparente dans ses réponses, ou plutôt tant d’ignorance de ce qui était mal ou bien, vice ou vertu, que Nicolas crut qu’elle jouait un rôle appris d’avance. Il s’éloigna et rentra tout pensif à son logement, qu’il partageait avec un ouvrier imprimeur, nommé Loiseau. Le jour suivant, comme ils revenaient ensemble après leur journée, Nicolas montra la jeune fille à son compagnon, plaignant le sort d’une pauvre enfant, — perdue sans savoir même qu’elle l’était, — ■ et voulut s’arrêter pour l’interroger encore; mais Loiseau, homme de mœurs sévères, et qui était près de se marier, entraîna Nicolas en lui parlant du danger qu’il y avait seulement à se pencher sur un abîme.
— Et s’il fallait sauver quelqu’un?... dit Nicolas.
Loiseau hocha la tète, et Nicolas entama une longue dissertation philosophique sur la corruption des grandes villes, sur la nécessité- de moraliser la police, le tout mêlé, de considération touchant l’antique institution des hétaïres, sur des règlements à établir dans le goût de ceux qu’avait institués Jeanne de Naples dans sa bonne ville d’Avignon. Il n’était jamais à bout ni d’arguments ni de science. Le bon Loiseau se borna à dire quelques mots de Mme Parangon. Nicolas se tut ; cependant, il ne put s’empêcher de passer le soir du côté gauche de la rue Saint-IIonoré , en regardant toujours avec intérêt la pauvre enfant et lui adressant quelques paroles. Loiseau lui en fit encore la guerre. Il prit dès lors un autre chemin pour se rendre de l’imprimerie du Louvre à la rue Sainte- Anne..
Depuis quelque temps, Nicolas se sentait malade; il lui survenait des étouffements périodiques qui duraient plusieurs
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heures. Le travail lui devenait impossible, il lui fallut rester au lit. Loiseau travaillait pour tous deux ; mais leurs ressources ne tardèrent pas à s’épuiser. L’infortuné demeurait au cinquième, chez un fruitier, qui, en même temps, était afficheur. Un grabat, deux chaises, une table boiteuse, un vieux cotl’re, tel était son mobilier. Il recevait le jour par une chatière garnie de deux carreaux de papier huilé. Les planches de la cloison qui séparait son réduit de celui de Loiseau était couvertes d’affiches de théâtre posées par le fruitier pour en clore les interstices, et le malade n’avait d’autre distraction que de lire là Mêrope , là Alcyone , là cette Bohémienne où il avait admirt Mme Favart, ailleurs la Gouvernante , où Mlle IIus était si médiocre, mais si jolie; puis encore les Dehors trompeurs , qui lui rappelaient la belle Guéant, ou Arlequin sauvage , drame singulier où brillait une certaine Coraline dont les traits avaient quelque rapport avec ceux de... Zéfire. Tout à coup la porte s’ouvre, le fruitier avance la tète, et dit à Nicolas :
— C’est votre cousine qui demande à vous voir.
— Je n’ai pas de cousine à Paris , dit Nicolas.
— Vous voyez bien, mademoiselle, dit le fruitier en se retournant, que c’est un prétexte... On ne reçoit pas de femmes mises comme vous dans la maison.
— Mais je vous dis que c’est mon cousin Nicolas, répondit une voix flûtée, puisque j’arrive du pays.
— Oh ! c’est que vous êtes bien pimpante, et lui ne l’est guère...
Enfin l’interlocutrice se glissa sous le bras du fruitier et pénétra dans la chambre.
— Ohl quelle misère!... Mais, monsieur, il se meurt! ditelle vivement au fruitier.
En effet, l’étouffement avait repris depuis un inslant.
— Quel est le plus pressé? dit la jeune tille d’un ton résolu. Voilà de l’argent.
Et elle donna des pièces d’or.
— Le plus pressé, dit le fruitier, adouci, serait un bouillon.
— Apportez-en sur-le-champ du vôtre.
Nicolas, en revenant à lui, sentit une main d’enfant qui soulevait sa tête, tandis que l’autre main approchait une cuiller de sa bouche. Il ne pouvait plus en douter, cette beauté compatissante était Zéfire. Elle avait vu passer Loiseau lorsqu’il se rendait à l’imprimerie, l’avait poursuivi, et lui avait dit :
— Pourquoi donc ne voit-on plus votre ami passer par ici ?
— 11 est bien malade, avait répondu Loiseau.
Et, interrogé sur l’adresse, il l’avait donnée indifféremment.
Pendant que Nicolas soulagé retrouvait des forces pour se lever à demi sur son grabat, Zéfire, en robe de taffetas rose, balayait le galetas, rangeait les chaises et la table; puis elle revint au lit du malade, lui mit dans la bouche des bonbons imprégnés de gouttes d’Angleterre, et, tirant de sa poche un mouchoir, lui essuya le front; elle le coiffa de son fichu, qu’elle assujettit avec un ruban; puis elle dit tout à coup :
— Je*ne suis pas en costume décent pour soigner un malade, je vais revenir d’ici à un quart d’heure.
Le fruitier rentra dans l’intervalle, apportant un second bouillon.
Il faut croire, dit-il, que votre cousine est une femme de chambre de grande maison ; elle m’a payé pour un mois, et elle a donné une croix d’or à ma petite.
Nicolas, affaibli par la maladie , ne voyait plus qu’une fée bienfaisante dans cette pauvre fille qui montait à lui de l’abîme, comme les autres viennent du ciel.
Zéfire revint bientôt en robe d’indienne, et resta près de Nicolas jusqu’à la nuit; le fruitier lui monta à dîner, et, enchanté de la bonté et de la gentillesse de la prétendue cousine, voulut même ajouter à ses frais un petit dessert que Zéfire partagea avec le malade. Cependant, la nuit était venue ; elle se leva avec un sentiment pénible.
— Où allez-vous ? dit Nicolas.
— A la maison; c’est l’heure où l’on m’attend, dit Zéfire.
Et elle s’enfuit pour cacher ses larmes. Nicolas avait eu à
LKS ILLUMINÉS
peine le temps de songer aux derniers mots de Zélire, que les pas de son ami Loiseau sè tirent •entendre dans l’escalier.
Loiseau n’était pas de bonne humeur; ses compagnons de l’imprimerie n’avaient pu lui prêter que fort peu de chose : il apportait seulement du sucre pour le malade et du pain pour lui-même. Une odeur de pot-au-feu le surprit tout d’abord. C’était le dîner que le fruitier avait monté pour Zéfire, laquelle y avait, à peine touché.
— A la bonne heure, dit Loiseau, ce brave homme a pitié de nous !
Et il tira la table pour profiter de cette aubaine. Un sac d’éeus roula à terre.
— Qu’est-ce que cela? dit Loiseau.
IVicolas n’était pas moins étonné que lui.
— T’aurait-on envoyé de l’argent de ton pays ?
— Eh! qui donc songe à moi..., excepte toi et...? Mais c’est elle!
— Qui, elle?
— Zéfire, que tu as rencontrée ce matin , et qui est venue me soigner en ton absence.
— Comment? une fille du monde?...
Toutes les idées de, l’honnéte Loiseau étaient renversées; tantôt il admirait la bonté et le dévouement de la jeune fille, tantôt il voulait aller reporter l’argent impur déposé par elle. Enfin, sachant qu’elle devait revenir le lendemain, il mit l’argent dans la malle pour le lui rendre.
Le lendemain matin, Zéfire reparut ; elle était si jolie, si naïve, si touchante dans sa pitié, que Loiseau fut attendri.
— Quimporte où soit la vertu? s’écria-t-il, je me prosterne et je l’adore !... mais cet argent, nous ne pouvons l’accepter...
Zéfire comprit sa pensée.
— Cet argent vient de mon père , dit-elle ;*c’est ma sœur aînée qui me le gardait et qui me l’a donné en apprenant qu’il y avait un pauvre malade à secourir.
Loiseau se laissa aller à ouvrir le sac et à compter les écus
en versant des larmes d’attendrissement. Les deux amis étaient accablés de tant de dettes criardes, qu’en y songeant, leurs scrupules s’affaiblissaient beaucoup. Le soir même , Zéfire s’oublia et resta jusqu’à la nuit close ; Loiseau la trouva encore en rentrant, elle le pria de la reconduire.
— Moi, dit-il, reconduire... ?
— Sans cela, on m’arrêterait.
— Allons, dit Loiseau, je vais me faire une belle réputation dans le quartier!
Quant à Zéfire, elle trouvait sa position fort simple. Sa mère lui avait dit que les femmes se divisaient en deux classes, toutes deux utiles à leur manière, toutes deux honnêtes relativement; elle appartenait à la seconde classe, n’étant pas née dans la première, voilà tout.
Le lendemain était un dimanche, elle resta avec les deux amis, et leur dit : v
— J’ai tout appris à ma mère; elle me permet de venir toute
la journée. Elle approuve mes sentiments ; elle aime mieux me voir fréquenter un bon ouvrier qu’un sergent qui me battrait, ou qu’un joueur qui me prendrait tout. Elle est trèsbonne, ma mère... *
Loiseau gardait le silence en fronçant le sourcil; Nicolas, qui reprenait des forces, se leva tout à coup avec son ancienne exaltation, et revêtit son unique habit.
— Allons chez sa mère, dit-il à Loiseau.
— Recouche-toi, répondit ce dernier.
— Non! aussi bien, je mourrais à me tordre de désespoir sur* ce lit. Ceci est une crise qui me sauve!... Il ne faut pas que celte jeune fille retourne ce soir dans cette maison... Mon mal a changé de caractère; je n’ai plus d’oppression, j’ai la fièvre et la rage toutes les nuits, à partir de l’heure où elle nous quitte : comprends-tu pourquoi?
Loiseau essaya en vain des représentations; Nicolas n'écoutait rien dans ses moments d’enthousiasme. Ils se rendirent rue Saint-Honoré, chez la mère, qui se nommait Perci. C’était une
LES ILLUMINÉS
ancienne revendeuse à la toilette et prêteuse sur gages, chez laquelle il s’était donné des rendez-vous de galants ef de grandes dames qui avaient été surpris par les sergents ; ou l’avait condamnée à une forte amende, moins pour le délit même que pour n’avoir point payé les redevances d’usage à la police : depuis ce temps, elle avait pris patente, alin d’étre tranquille. Interrogée par Nicolas et Loiseau, elle jura que sa fille était jusqu’ici demeurée honnête, mais qu’on n’attendait que l’àge convenable pour la lancer dans le monde avec l’autorisation du lieutenant de police. Les deux ouvriers frémissaient de ces détails, que la Perci énumérait avec la plus grande complaisance. Loiseau ne put s’empêcher de marquer son indignation.
— Que voulez-vous que je fasse? dit alors la mère; ne suis-je pas notée? Qui l’épouserait?... D’ailleurs, élevée comme elle est, jolie, avec des talents, se résignera-t-elle à gagner quelques sous par jour dans la couture, ou à faire de rudes travaux, à devenir servante? Qui voudrait d’elle?... et, dans tous les cas serait-elle moins perdue? Nous connaissons l’histoire des jolies lilles dans le peuple...
* — Eh bien, moi, je l’épouserai, dit Nicolas, si elle veut ne
plus mettre les pieds chez vous, et apprendre à travailler.
La Perci se jeta à son cou :
— Dis-tu vrai, mon garçon? Tiens, tu me fais trembler, et j’en avais perdu l’habitude... Ecoute bien ; ne crois pas que ma fille n’aura point de dot... et de bon argent bien gagné encore. J’ai été revendeuse, j’ai prêté à intérêt ; c’est honnête, cela!
— Ne parlons pas de ces choses, dit Nicolas; je me sens fort maintenant, et je gagne beaucoup quand je travaille... Ainsi vous consentez à ce que votre fille ne rentre plus ici? Vous êtes une bonne femme an fond.
— Mon Dieu ! dit Loiseau, se peut-il qu’il y ait de la vertu même dans de telles Ames?... Je l’ignorais; cependant, j’aurais mieux aimé ne pas le savoir.
Loiseau avait raison ; il vaut mieux, dans l’intérét des mœurs, supposer que le vice déprave entièrement ses victimes, sauf la chance de l’expiation et du repentir, que de s’exposer au choix difficile qui résulte d’un mélange douteux de bien et de mal. C’était le raisonnement d’un homme vulgaire mais sage. Nicolas n’était ni l’un ni l’autre, malheureusement.
Zélire accepta avec transport 1^ proposition de vivre pour . l’homme qu’elle préférait. L’amour seul assurait Nicolas de sa vertu. Il fallut encore que le bon Loiseau fît son éducation morale, et lui donnât des leçons de décence et de pudeur. On lui fit lire de bons livres, à elle qui n’avait lu encore que des romans de Crébillon fils ou de Voisenon. On lui apprit A tenir un autre langage que celui qu’elle avait entendu tenir jusque-là, et ce fut seulement lorsqu’on n'eut plus rien à craindre de ses manières tlélibérées ou de son caquet imprévoyant qu’on lui chercha une profession. La prétendue de Loiseau, qui se nommait Mlle Zoé, avait aidé beaucoup les deux amis dans l’éducation préliminaire de Zélire. Elle la proposa pour demoiselle de boutique à une marchande de modes qui demeurait au coin de la rue des Grands-Augustins. Ses vêtements de grisette, sa . coifftire sans poudre et soq bonnet à tulle plat la changeaient tellement, qu’il eût été impossible de la reconnaître. La mère, avertie par Nicolas, approuva tous ces arrangements, et s’engagea à ne jamais rendre visite à sa fille tant qu’elle serait en apprentissage.
Nicolas ne pouvait voir Zéfire que le dimanche; Mlle Zoé allait la chercher ce jour-là, et l’on faisait des promenades hors barrière avec Loiseau. Nicolas, toujours impatient, ne pouvait s’empêcher de passer chaque soir devant la boutique; il regardait aux vitres, et était considéré comme le galant assidu de quelqu’une des jeunes filles, sans qu’on pût savoir de laquelle. Les boutiquières de Paris ne s’étonnent jamais de ces amours à distance, qui sont des plus fréquents. Un dimanche, Nicolas convint avec Zéfire qu’il lni écrirait tous les soirs. Comme elle était placée près du vitrage, il avait soin de
LES ILLUMINÉS
plier sa lettre en pli it éventail , et la passait par l’un des trous de boulon. Zéfire tirait adroitement le papier, et était heureuse jusqu’au lendemain. Quelquefois, lorsque les demoiselles étaient couchées, il venait dans la rue déserte avec son ami Loiseau, qui jouait fort bien du luth , et ils exécutaient les airs d’opéra les plus nouveaux, tels que l’Amour m'a fait la peinture , ou , bien Dans ce charmant asüe , — choisissant de préférence les couplets où se trouvait le mot Zéphir... L’amour fait de l’esprit comme il peut.
Leurs promenades du dimanche avaient lieu le plus souvent aux buttes Montmartre. Un jour, ils furent suivis par trois mousquetaires jusque chez; un traiteur où ils allaient dîner. — L’un de ces derniers reconnut Zéfire pour l’avoir vue rue Saint-Honoré. La trouvant en compagnie de simples ouvriers endimanchés, ils voulurent la leur enlever. Heureusement, le fruitier les avait accompagnés, ce qui rendait la partie égale, sauf les épées, dont Nicolas et Loiseau étaient dépourvus. En revanche, le fruitier, prévoyant l’attaque, avait saisi une longue broche dans la cuisine du traiteur.
— Prends garde à toi, drôle! dit l’un des mousquetaires menacé par cet instrument, nous sommes des gentilshommes, et nous te ferons fourrer au Châtelet.
— Vous déshonorez votre famille et l’habit militaire! criait Nicolas.
— Il s’agit bien d’honneur!... C’est la Zéfire qui est avec vous : eh bien, demandez-lui si elle ne préfère pas un seigneur à un ouvrier?... Nous avons de l’or, la belle! ajoutait le mousquetaire en faisant sonner sa poché.
La querelle tournait à la discussion, grâce à l’attitude des trois défenseurs; mais ces dernières paroles mirent Loiseau hors de lui.
— Infâme! s’écria-t-il, vous venez de commettre un grand crime... Vous avez profané le retour à la vertu!
Quant à Nicolas, il s’était saisi d’une chaise.
" — Qu’est-ce que c’est que cela? dit un des mousquetaires
plus aviné que les autres; une vertu qui sort du vice? Et
l’autre drôlesse, est-ce que c’est aussi une vertu?
Il cherchait en même temps à s’approcher de Zoé. Loiseau le repoussa rudement.
— Respecte la fiancée d’un citoyen! cria-t-il (cela se passait en 1758).
— Un citoyen! dit le mousquetaire en éclatant de rire, cela ne se dit qu’à Genève... Tu m’as l’air d’un huguenot !
Loiseau prit un escabeau, et frappa le mousquetaire qui avait parlé. La mêlée devint générale. En vain Zéfire et Zoé s’interposaient entre les combattants ; le fruitier faisait merveilles avec sa broche, et les mousquetaires étaient vaincus, lorsque arriva la. garde, appelée par le traiteur; Nicolas, exaspéré, voulait résister encore, mais Loiseau s’y opposa, et tout ce qu’il put faire fut d’emporter hors de la salle Zéfire évanouie. Quand le commissaire arriva, les mousquetaires, embarrassés eux-même^ de leur équipée, se servirent de leur conjecture précédente pour affirmer que Loiseau, qui avait l’air grave, et se trouvait vêtu de noir, était un ministre protestant qui tenait un prêche, ajoutant qu’ils étaient arrivés à temps pour disperser les hérétiques. Le commissaire donnait dans cette supposition, et faisait déjà mettre les menottes aux trois hommes', en leur promettant qu’ils seraient pendus, lorsqu'enfîn l’un des mousquetaires, moins ivre que les autres, voulut bien convenir que lui et ses compagnons étaient un peu dans leur tort.
— Voilà un aveu généreux, observa le commissaire... On reconnaît bien là les personnes de haute naissance.
— En vérité, dit le mousquetaire aux ouvriers, la platitude des gens de plume me ferait renoncer à mes prérogatives de gentilhomme!...
Puis, ne pouvant s’empêcher de reprendre un ton de hauteur ;
— Au revoir 1 dit-il en s’éloignant, nous vous couperons les oreilles quelque autre jour!
LES ILLUMINÉS
Le commissaire s’était retiré, mais après avoir pris les noms et les adresses des combattants. Malgré le désistement des mousquetaires, l’aventure pouvait avoir des suites fâcheuses pour de pauvres diables comme Nicolas et Loiseau ; de plus, l’instruction de l’affaire, si peu importante qu’elle fût devenue, attirait nécessairement les yeux sur la position particulière de Zéfire, cause innocente de la lutte. Cependant, la pauvre fille était moins préoccupée de cela que du danger que pouvaient courir ses amis : on la ramena au magasin eç proie à un accès de fièvre. Malheureusement, les filles de modes étaient rentrées ; elles entendaient, ainsi que la maîtresse, ce qu’elle disait dans son délire : « J'irai trouver ma mère 1 elle a des protecteurs puissants!... J’avais bien juré pourtant de ne plus mettre les pieds dans sa maison... mais il le faut... Ma mère est l’amie intime du lieutenant de police : c’est lui qui lui a fait une patente... et puis elle est riche... et puis elle connaît de grandes daines... Elle est si complaisante, ma mère!... Tous ces gens-là l’ont perdue... mais elle a bon cœur au fond!.,. Sans cela, Nicolas et Loiseau seraient pendus comme huguenots, et c’est moi qui en serais cause... Pourquoi? Parce que je siiis la fille... de ma mère!... »
Loiseau et 7,qc frémissaient de ces aveux entrecoupés et de l’étonnement des personnes de la boutique. Il fallut leur tout avouer; elles ne furent que profondément affectées du malheur et de la situation de leur compagne. Nicolas n’était pas présent à celte scène, car il n’allait pas à la boutique de modes, craignant de compromettre Zéfire. De plus, il ne s’était pas douté de la gravité du mal qui l’avait atteinte, et pensait, en s’en retournant seul, qu’elle était seulement indisposée des suites de son évanouissement. Loiseau, le retrouvant le soir, n’osa lui rapporter la scène dont il avait été témoin. Le lendemain matin, Nicolas étant plus calme que la veille, il crut pouvoir lui dire une partie de la vérité. Ce dernier ne ménagea plus rien, et courut chez la marchande de modes.
— Venez donc, lui dit cette femme, je sais bien qui vous
êtes... Montez près d’elle : c’est vous qu’elle demande à grands cris.
Zéfire était accablée et souffrante, mais calme ; elle affecta de paraître seulement fatiguée des émotions de la veille; elle dit à Nicolas qu’il devait se rendre, à son imprimerie et la laisser reposer, puis elle l’embrassa deux fois en lui disant : « A ce soir. » Tous les ouvriers s’étonnèrent de la pâleur de Nicolas. A huit heures, Loiseau lui dit :
— Mangeons un morceau , puis j’irai prendre Zoé pour aller voir Zéfire. Tu ne te montreras pas tout d'abord, afin de ne pas l’agiter; ta pâleur lui donnerait de l’inquiétude.
Il ne se montra pas en effet, mais il l’entendit de la chambre voisine. Loiseau lui dit :
—■Va* te reposer, elle est mieux : c’est toi qui m’inquiètes...
• Nicolas, en s’éveillant, fut étonné de ne pas trouver son ami; le fruitier lui dit qu’il avait passé la nuit dehors. Il courut à l’imprimerie. Loiseau travaillait à sa casse.
— Et Zéfire?
— Zoé et moi, nous avons passé la nuit près d’elle.
— Oh ! Dieu ! sans moi !
— - Ta vue aurait redoublé sa fièvre.
— Comment va-t-elle ?
— Beaucoup mieux.
Loiseau rougissait en disant ces dernières paroles. Il essaya d’amuser l’inquiétude de Nicolas en lui parlant d’un travail pressé; mais, après quelques hésitations, ce dernier prit son habit et courut au magasin. Loiseau le suivit et arriva sur ses pas. Zéfire étouffait; cependant, elle prit la main de son amant, essaya de sourire, et dit :
— Ce n’est rien.
Celui-ci ne voulut plus la quitter. Le soir, pendant que Zoé se reposait sur un canapé, Zéfire fit signe à Nicolas qu’elle voulait avoir la tète posée sur sa poitrine, qu’elle respirerait mieux... Il s’étendit en arrière sur sa chaise, à moitié penché
LES ILLUMINES
sur le lit, et soutenant au bord cette tète blonde, si fraîche encore l’avant-veille. Au bout de deux heures de celte position fatigante, un grand soupir réveilla Zoé.
— Allez vous reposer à votre tour, dit-elle à Nicolas.
Et, relevant la tête de Zéfire, elle la posa sur l’oreiller. Zéfire avait rendu le dernier souffle. Nicolas, trompé par ses amis sur la gravité du mal, ne l’apprit que le lendemain.
— Et moi, je vais mourir aussi! dit-il avec calme.
Il était — selon son expression même — consolé par le désespoir.
Cependant, il ne fit qu’une grave maladie, mêlée de délire et de léthargie; les premiers mois qu’il prononça furent : * J’ai donc achevé de perdre Mme Parangon. » C’est que les traits de Zéfire lui avaient rappelé ceux de cette femme adorée, comme elle-même lui avait semblé avoir quelque ressemblance avec Jeannette Rousseau, son premier amour.
Cette théorie des ressemblances est une des idées favorites de Restif, qui a construit plusieurs de ses romans sur des suppositions analogues. Ceci est particulier à certains esprits et indique un amour fondé plutôt sur la forme extérieure que sur l’àme; c’est, pour ainsi dire, une idée païenne, et il n’est guère possible d’admettre, comme Restif le prétend, qu’il n’a jamais aimé que la même femme... en trois personnes. Les ressemblances tiennent presque toujours à une même origine de pays ou de race, ce qui a pu se rencontrer sans doute pour Jeannette Rousseau et pour Mme Parangon. Aussi Restif suppose que Zéfire était, par sa mère, issue des mêmes contrées. En général, il y a un côté de ses systèmes philosophiques qui se mêle toujours aux récits les plus véridiques de sa vie. — Il croyait à la division des races comme un Indien, et repoussait, de par ce système, les doctrines d’égalité absolue ; le croisement même de familles étrangères ne lui semblait pas changer ce résultat, car il établissait qu’en général une partie des enfants tenait plus du père, une autre davantage de la mère, quoiqu’il admit bien en Europe un certain détritus de natures
bâtardes et mélangées. Ces problèmes bizarres ont amusé beaucoup d’hommes distingués au xvm' siècle ; mais nu! ne porta plus loin que lui cet esprit de paradoxe, illuminé parfois d’un éclair de vérité.
Si touchante qu’ait été la mort de Zéfire et la pensée d’expiation qui s’y rapporte, on ne peut s’empêcher de déplorer l’influence fatale qu’eut cette aventure sur les ouvrages et les mœurs de l’écrivain. Comme le sentait si justement Loiseau, l’on ne touche pas impunément à la corruption. Le Pornografj/ie, ouvrage à prétentions morales, mais où l’auteur se complaît à exposer des raisonnements d’une moralité souvent contestable, fut le résultat des méditations de Nicolas sur le sort d’une certaine classe de femmes qu’il voulait relever à leurs propres yeux comme aux yeux du monde...