LE DOCTEUR COLOMBEL
Voyons, voyons, j'adore ce genre d'anecdotes.
(Tout te rapprochent.)
ONÉSIME
Je lui ai fait écrire de Marseille, son pays, une lettre, à moi adressée, qui l'appelle pour les affaires les plus pressées. Elle est partie; j*ai donc tout le temps de me marier, et ça me débarrasse d'autant mieux, que Clémence a la bourse légère, et que pour revenir. . .
Hilarité générale et approbation. ,
LETOURNEUX
Très bien! voilà ce que j'appelle un acte à la fois d!adresse et de haute moralité.
PAUL
Gomment, Clémence, ta vieille passion, celle que tu avais prise toute jeune à sa famille, et qui, disais-tu
toi-même, te faisait travailler d'une façon...? i
ONÉSIME
C'est comme ça! Autre temps, autres femmes! (A Letournoux.) OÙ douc m'avcz-vous reucontré, vous?
LETOURNEUX
Dans le Luxembourg, comme je le traversais pour
aller secourir une famille bien intéressante : trois fils
sans ouvrage, le père et la mère presque à l'agonie. |
Vous devriez même, docteur, faire quelque chose pour eux.
LE DOCTEUR GOLOHBEL.
Que j'aille les voir, peut-ètte !
LETOURNEUX
Vous êtes assez riche pour vous passer ce luxe!
TIIOISIÈMK TABLIiÀU. — SCtNÈ IX. 209f
LE DOCTEUR GOLOMBEL.
Et VOUS donc, le millionnaire, que faites-vous pour
LETOURNEUX
Oh! peu de choses, je les console et les moralise, rien que cela! et partout, comme maintenant, je fais de la propagande à leur profit, jusqu'auprès de M.Macaret. (s'adresRam à M. Macaret.) Voyous, VOUS ôtcs un de nos grands industriels, et trois ouvriers de plus ne vous importent guère.
MACÀRET.
Impossible! je n'ai pas d'ouvrage à leur donner. Vous n'exigerez pas que je me ruine...
Colombel 8oarit, Letonrncux joint les mains d'un air béat. Mouvement de Paul indigné.
BOUVIGNARD, avec un polit rire aigrelet.
lié! hé! il a raison. Les discours, les secours et les utopies ne servent à rien. La machine est ainsi réglée. Tant pis pour ceux qu'elle écrase! résignons-nous! il ny a de sérieux au monde que les choses de rinlelligeucc, les beaux-arts!
ONÉSIME
Vous êtes dans le vrai, monsieur Bouvigoard. .
BOUVIGNARD.
Aussi moi, je ne m'occupe que des vieilles faïences,