SCENE PREMIERE
JEANNE, .cul.
(Dans la même attitude qu'elle avait à la fin du tableau précédent : la tète baissée et le coude gauche appuyé contre le rocher de fard, au bord de la fontaine. Après un instant de silence, elle lève les yeux et regarde autour d'elle avec ébahissement.) Gomme c'eSt joli!.. et COIDIQe
ça sent bon ! Mais on dirait Todeur de l'eau de Cologne?... D'oU vient-elle?... De cette fontaine!... Ah!
si je me lavais les mains, (sue y plonge ses bras jusqu'au coude.)
On n'a pas peur d'en perdre!... Je puis bien ^m'en
mettre dans les cheveux! (sue len jette eur U tète quelques gouttes, qui deviennent aussitôt dos diamants, sans qu'elle s'en aperçoiTe. Puis elle se lave le visage avec les mains ; .et, pendant qu'elle est ainsi penchée sur la fontaine, une branche do Tarbre à poignes, derrière elle s'abaisse tout doucement pour démêler ses cliovcux au chignon. Bile se retourne, surprise, en tendant la joue droite.) Quî dOnC HIC prend là,
par derrière?... Continuez!... vous ne me faites pas
mal. (L'arbre à houppes abaisse un de ses rameaux et la caresse de aa
poudre de riz.) Oh! comme c'est doux!... comme c'est
doux!... (EtUe tend la joue gauche. Même jeu de l'arbre à houppes.)
Encore!... Mais came chatouille! Assez! j'ai envie de rire ! . . . Ah ! ah ! ah ! (Larbre s'arrête.) C'est fini ! . . . Je vous remercie bien !... (Eiie se lève.) Comment!... Personne!...
(Bile considère tous les objets autour d'elle, en marchant lentement.) Lia
drôle de campagne!... Des peignes qui tiennent aux arbres! En voilà un où poussent des perruques, et tous ces vêtements par terre, comme des feuilles mortes ! Ah ! la belle herbe, avec ces grosses gouttes de rosée. Mais non, ce sont des paillettes d'argent.
(S'apercevant dans une des glaces de l'arbre à miroirs.) llit CCla.'...
C'est moi!... en diamants!... J'ai l'air d'un soleil!...
(Sa robe arrachée disparaît dans l'air.) Le VCUt!... Ah !... (Bile pousse un cri de terreur on s'apercevant on chemise et en jupon, et croise ses bras sur sa poitrine.) QuC dCVCnir!... J'ai honte!... (Auisitdt, une des bandes d'étoffes, posées sur les collines du fond, arrive en ondoyant comme uno rivière, et, se drapant autour d'elle, lui fait une sorte de tunique.) Eh bien ! eh bien ! . . . me voilà tout habillée maintenant. (Un arbre à bracelets d'or l'accroche par le bras.) Qu'CSt^C
qui me retient? Pourquoi? Laissez-moi!... (EUe tiro â eiie-
le bracelet Tient.) Ah ! CCla fait bien sur ma peau. (O'une espèce de sorbier tombe un collier de corail autour de son cou.) \JU eSt-CC .'•..
Un collier !... Ah! comme je suis belle!... Quel bonheur!... Je m'aime! Je voudrais m'embrasser. Mais je rêve sans doute?... Ce n'est pas possible! Je vais me réveiller tout à l'heure. — Oix suis-je donc?... Dans quel pays?
GHOBUR, dans la coulisse.
C'est le pays de la toilette, Cest Tempire des affiquets,
Des paquets I
Des caquets I Chez nous la beauté se complète, La laideur prend des airs coquets.
JEANNETTE
Je ne comprends pas I . . .