SCÈNE V
Les Précédents, DEUX MANNEQUINS, mongieur et
dame que l'on apporte. La dame est vôtue A la dernière modo. Le monsieur a une raie derrière la tèle, qui se continue, par les poils de son paletot systématiquement dÎTisés, jusqu'au bas des reins; elle se reproduit sur chaque jambe du pantalon ; lorgnon dans l'œil, chic anglais, etc.
COUTURIN.
Considère ces deux honnêtes mannequins qui ressemblent à des humains : tâche de reproduire leurs mouvements , si tu veux avoir de belles manières. Rappelle -toi leurs discours, et en quelque lieu que tu te trouves, à la campagne, en visite, en soirée, dans un dîner ou au spectacle , tu pourras jacasser hardiment sur la nature, la Httérature, les enfants aux têtes blondes, l'idéal, le turf et autres choses. La clef,
Couturine? dl remonte les deux automates à la poitrine.) CommCU-
çons. En appuyant ici, on obtient ce qu'il faut dire
devant un beau paysage. (Sn prenant le monsieur sous les aisselles, il le penche de droite et de gauche, comme on fait à une pendule dont le balancier est arrêté. Couturine fait de môme à la dame.)
Partez I
LE MONSIEUR, avec de petits gestes rapides de la main droite et l'air
guilleret.
Bonjour, chère!
LA DAME, même jeu.
Bonjour, bonjour, mon bon !
Ils se rapprochent aiiui des deux côtés de la scène, en roulant sur lenrs roulettes et quand ils sont arrivés face à face, ils se lecouent les mains pendant, une minute aTOc violence, en ricanant.
LE MONSIEUR, regardant autour de lui, avec des mouvements de tête
saccadés.
Tiens! tiens! tiens! oîi sommes-nous donc?
LA DAME, minaudant et en détachant ses phrases.
Ah! la délicieuse campagne!.., un site pittoresque!..- et des petites fleurs! — si poétiques! et inutiles!... poétiques parce qu'elles sont inutiles, — inutiles parce qu'elles sont poétiques 1
LE MONSIEUR, d'un ton bourru.
Moi... je la trouve bote comme chou... votre campagne! — Du sentiment, allons donc! — de l'élégie, ha! ha! ha! — la poésie, ha! ha! ha! — Je suis revenu de tout ça. . . ha ! ha ! ha !
LA DAME, avec beaucoup de gestes.
Mais cependant, permettez, si l'on taillait ces arbres... si l'on reculait ces massifs, en faisant avancer le vieux chêne, avec quelques ruines, des paysans bien habillés et un chemin de fer pour être à proximité, on aurait là, avouez-le, un beau sujet artistique, de quoi faire une jolie mine de plomb.
LE MONSIEUR, gaillardement.
En fait de mine, je préfère la vôtre.
LA DAME
Oîi donc prenez-vous ce ton-là? Chez vos petites dames? Je voudrais bien, sans qu'on le sache, y aller un peu... pour voir leur mobilier.