‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 195 sur 202 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Précédents, DOMINIQUE entre par le côté droit, avec an nid sur la tète ; en guise de bras, il a deux rameaux chargés de fruits qu*il tient horizontalement.

JEANNE, émue.

Mon frère I Comme le voilà !

DOMINIQUE, pleurant.

Mon pauvre maître ! Enfin je vous retrouve. Les larmes m'en coulent comme la pluie le long du tronc, du corps c'est-à-dire. Je ne peux vous serrer dans mes bras. On a beau me couper les rameaux, ça repousse. Je voudrais tant vous embrasser I Maudite

gourmandise, c'est elle qui a tout faiti (Sn baissant le menton, il mange une pmne sur son épaole et so remet A pleurer.) Âh ! mOU DiCU^

mon Dieu !

PAUL et JEANNE, ensemble.

Grâce pour lui, bonne fée !

LA REINE, i Paul.

Puisque tu Taimes, soit !

Aussitôt les deux branches disparaissent. Dominique a des bras. Dans lo monvement do sa diovclure qui frissonne, le nid tombe de ta tète, des œufs s'écrasent par terre et un oiseau s'envole.

LA REINE DES FÉES, à Dominique.

Mais tu iras...

Oh! partout. Depuis que j'ai pris racine, je ne demande qu'à me dégourdir.

LA REINE, montrant les colonnes.

Tu iras avec ton maître, pour donner ces cœurs à tous ceux qui en manquent.

DOMINIQUE

Volontiers ! (H considère les cœurs suspendus et se gratte l'oreille.)

Mais... vu la quantité, nous allons avoir une cargaison d'une lourdeur. . . ! •

LA REINE

Non! regarde. (Lcs cœurs se rapetissent à la dimension d'une noix. Une surface dorée les enveloppe.)

DOMINIQUE

Oh ! que c'est drôle ! comme c'est drôle ! Pas de

paresse ! grimpons-y ! Çl\ va pour monter à la colonne de gauche au premier plan.)

LA REINE

Non I baisse-toi ! (Le chapiteau de la colonne à gauche et celui de la colonne à droite, s'entr'ouvrant, laissent tomber une pluie de cœurs.)

DOMINIQUE, les ramassant.

On dirait vraiment des bonbons de sucre 1

LA REINE

Ils n'en seront que plus faciles à prendre . (a paui, qui

reste immobile au pied de la colonne de droite.) QuC fais-tU dOUC ? Tu

restes là?

PAUL, à part, murmurant.

Et je la perds au moment de ma victoire, quand tout semblait fini et que je croyais enfin la tenir 1

JEANNE, suppliant.

Oh! ne sois pas désespéré... Va-t'en, si tu m'aimes. Tu ne connais pas le destin. Fais ce qu'elle ordonne, tout de suite, tout de suite !

DOMINIQUE

Allons! mon pauvre maître, encore un petit voyage, le dernier 1

Paul étend son manteau et reçoit des cœurs pendant que Dominique en bourre

ses poches.

LA REINE, montrant l'horizon.

Va maintenant I

PAUL, se tournant vers Jeanne pour l'embrasser.

Jeanne I

LÀ REINE, l'écartant d'an geste.

Nonl à ton devoir! le sien est accompli sur la terre. Je la transporte dans des régions où elle attendra, pour vous retrouver, que ta vertu t'ait fait digne de son amour.

Paul et Dominique remontent yers le fond et gravissent l'escalier en ruines

en trébuchant parmi les pierres.

Adieu I

Adieu !

JEANNE

PAUL, de loin.

Dominique se retourne pour envoyer un baiser. Tous les chapiteaux de toutes les colonnes s'entr' ouvrent et laissent tomber un ruisseau de cœurs d'or. Bo mémo temps, des deux cdtés, les féos envahissent la scène en tourbillonnant et recueillent les cœurs dans le pan de leurs robes. — * Au premier plan, Jeanne, émue, est restée avec la reine qui lui tient la main. — On aperçoit Paul et Dominique à l'extrême horixoo.

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