SCÈNE PREMIÈRE
MONSIEUR ET MADAME KLOEKHER, LETOUR- NEUX, ALFRED DE GISY, ONÉSIME DUBOIS.
MAGARET, COLOMBEL. BOUVIGNARD, Invités, Messieurs et Dames, tous en élégants costumes d'été.
C'est le soir. An lever du rideau les invités arrivent par la gauche et se répandent sur la scène, li"*^ Kloekher donnant le bras à Alfred. Bouvignard se précipite à droite, seul, à l'écart, et tire de sa poche une petite cruche de faïence, enveloppée dans son mouchoir, qu'il découvre et se met à contempler.
MADAME KLOEKHER, respirant largement.
Enfin, ici, on respire! car cette fête du pays, avec ses trompettes et sa grosse caisse, nous a ennuyés si fort durant le diner...
MONSIEUR KLOEKHER.
Ah 1 voilà! Le jour qu'on choisit pour recevoir ses amis, messieurs les gens du peuple s*amusent!
LETOURNEUX
Si au moins dans leurs divertissements ils respectaient la morale !
MAGARET.
Puis, ils viendront crier misère à la porte de notre usine...
COLOMBEL
Et il faudra les recevoir dans les hôpitaux, où Ton perd à les soigner un temps...
Il sort.
LETOURNEUX, gaiement.
Et dire que de vieux camarades comme nous ont été sur le point de se fâcher, mon. pauvre Kloekher I
KLOEKHER.
Gomment sur le point? Nous étions furieux I eu rit) Haï ha!
LETOURNEUX, riant.
À propos de quoi, je vous le demande? Pour ce petit monsieur Paul.
ËLOEKHER, avec une colère concentrée.
L'intrigant!
ALFRED, hanttant let épaulet.
Un fou!...
MADAME KLOERHER.
Un véritable drôle ! (Elle s'assoit sur le banc à gaucho. Alfred sr metprôt d'elle.)
KLOEKHER.
Sait-on au moins ce qu'il est devenu?
ALFRED
Non! Sombré.
MADAME KLOEKHER.
Vous ne pleurez pas, Onésime, vous, son ami?
ONÉSIME
Moi, madame! jamais de la vie, je vous jure.
MADAME KLOEKHER, riant.
C'eût été fort beau, cependant, que de le voir la semaine prochaine, à vos côtés, comme témoin de votre mariage.
KLOEKHER.
Eh ! mon Dieu, ne causons plus de ce misérable I Si nous faisions quelques pas, Letourneux, hein, pour régler les bases de notre opération?...
Avec plaisir !
Letoameoz et Kloekher se mettent i se promener da haut en bas do la scène. MADAME KLOEKHER, i Onésime.
On la dit une excellente personne, votre fiancée?
ONÉSIME
Elle n'est point d'une beauté... extraordinaire. Mais... il y a d'autres avantages.
MAGARET, à Onéiime.
Qu*a-i-il donc, Bouvignard? Il semble absorbé dans une contemplation...
Ils Tont i lui.
BOUVIGNARD, à Onésime.
Vous qui êtes artiste, examinez-moi celai Quels filets! quel émail! (onésime veut prendre le pot.) Prencz garde! Non! je vais vous le démontrer moi-même.
Bouvignard, ÛDésime et Macaret restent debout à examiner le pot que Bouvignard leur montre sur toutes les faces. W* Kloekher est assise sur le banc à gauche avec Alfred. Lctourneux et Kloekher se promènent de haut en bas.
MADAME KLOEKHER, à demi-voix.
Ainsi c'est convenu? je recevrai pour samedi mon invitation chez madame la comtesse de Trémanville ?
ALFRED
Et pour tous ses autres samedis. (Kloekher et Letoomeux
pas&octoc gesticulant.) Ma taute s'est fait prier, je vous l'avoue. La différence des mondes, des quartiers, je veux dire.. . (A part.) Attrape, ma petite bourgeoise!
MADAME KLOEKHER.
Oh ! merci ! et il ne faudra plus me faire des terreurs, comme l'autre jour.
ALFRED
Non I non ! bien sûr ! C'est que j'avais perdu la tête, à propos de rien; tout s'est arrangé. Je vous adore,
ErïieStine I (Montrant Kloekher qui repasse.) VoUS lui parlerez dC
moi, n'est-ce pas, comme d'un homme entièrement à
lui, prêt à toutes les démarches, et auquel il pourrait, dans son intérêt même , confier ses affaires... les plus capitales.
MADAME KLOEKHER.
Sans doute, mon ami !
ALFRED, à part.
Si elle ne s'y met pas, dans huit jours la Belgique!
MAGARET.
Et vous avez acheté cela...?
BOUVIGNARD.
Quatre-vingts francs I — pas un sou de plus, — ici dans un cabaret, à côté !
On entend an bruit de trompettes et de grosse caisse. MADAME KLOERHER, se levant.
Encore! mais c'est intolérable, monsieur Kloekher; il faudrait se plaindre à Tautorité.
Le bruit redouble; il s'y môle des cris d'enthousiasme et comme le brouhaha
d'une foule.