‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 26 sur 202 · ACTE I, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XI

retiré ici, à la campagne, j*ai senti peu à peu comme une langueur. Je devenais lourd. Je m'endormais le soir, après le diner; et le médecin a dit à ma femme : « Il faut que votre mari s'occupe ! » Alors j'ai cherché en moi-même ce que je pourrais bien faire;

MUREL.

Et vous avez pensé à la députation ?

ROUSSELIN

Naturellement! Du reste, j'arrivais à l'âge où l'on se doit ça. J'ai donc acheté une bibliothèque. J'ai pris un abonnement au Moniteur.

MUREL.

Vous vous êtes mis à travailler, enfin !

ROUSSELIN

Je me suis fait, premièrement, admettre dans une société d'archéologie, et j'ai commencé à recevoir, par la poste, des brochures. Puis, j'ai été du conseil municipal, du conseil d'arrondissement, enfin du conseil général; et dans toutes les questions importantes, de peur de me compromettre... je souriais. Oh! le sourire, quelquefois, est d'une ressource !

MUREL.

Mais le public n'était pas fixé sur vos opinions, et il a fallu — vous ne savez peut-être pas...

ROUSSELIN

Oui! je sais... c'est vous, vous seul!

MUREL.

Non, vous ne savez pas!

ROUSSELÎN.

Si fait! ah! quel diplomate!

MUREL, à part.

Il y raord! (Haut.) Les ouvriers de ma fabrique étaient hostiles au début. Des hommes redoutables, mon ami! À présent, tous dans votre main!

ROUSSELIN

Vous valez votre pesant d'or !

MUREL, à part.

Je n*en demande pas tant!

ROUSSELIN, le contemplant.

Tenez! vous êtes pour moi... plus qu'un frère!... comme mon enfant!

HUREL, avec lenteur.

Mais... je pourrais... l'être.

ROUSSELIN

Sans doute! (mouvement bmaque de Marel) eU admettant*

que je sois plus vieux.

MUREL, avec un rire forcé.

Ou moi... en devenant votre gendre. Voudriezvous ?

ROUSSELIN, avec lo même rire.

Farceur!... vous ne voudriez pas vous-même!

MUREL, énergiqnement.

Parbleu! oui!

ROUSSELIN

Allons donc ! avec vos habitudes parisiennes !

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