‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 34 sur 202 · ACTE I, SCÈNE XIV. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XIV. i

Rousselin, vous m'avez prié — c'est le mot — de vous introduire chez lui.

JULIEN

A peine y suis-je que vous m'en arrachez !

GRUCHET.

Ce n'est pas ma faute si les choses ont pris tout à coup une autre direction.

JULIEN

Est-ce la mienne?

GRUCHET.

Mais comme il était bien convenu entre nous deux que vous entameriez une polémique contre la Société des tourbières de GrumesniUes-Arbois, président le comte de Bouvigny, en démontrant l'incapacité financière dudit sieur, — une affaire superbe dont ce gredin de Dodart m'a exclu!...

MUREL, à part.

Ah ! voilà le motif de leur alliance !

Jusqu'à présent, vous n'en avez rien fait ; donc, c'est bien le moins, cette fols, que vous vous exécutiez! Ce qu'on vous demande, d'ailleurs, n'est pas tellement difficile...

JULIEN

N'importe ! je refuse.

MUREL.

Julien, vous oubUez qu'aux termes de notre engagement...

oO LE CANDIDAT.

JULIEN

Oui, je sais! Vous m'avez pris pour faire des découpures dans les autres feuilles, écrire toutes les histoires de chiens perdus, noyades, incendies, accidents quelconques et rapetisser à la mesure de l'esprit local les articles des confrères parisiens, en style plat; c'est une exigence, chaque métaphore enlève un abonnement. Je dois aller aux informations, écouter les réclamations, recevoir toutes les visites, exécuter un travail de forçat, mener une vie d'idiot, et n'avoir, en quoi que ce soit, jamais d'initiative! Eh bien, une fois par hasard, je demande grâce !

MUREL.

Tant pis pour vous !

GRUCHET.

Alors il ne fallait pas prendre cette placé!

JULIEN

Si j'en avais une autre !

Quand on n'a pas de quoi vivre, c'est pourtant bien joli!

JULIEN, s'cloignant.

Ah ! la misère !

MUREL.

Laissons-le bouder ! Asseyons-nous, pour que j'écrive votre profession de foi.

GRUCHET.

Très volontiers ! du s'assoient.)

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