ACTE III, SCÈNE I
Celui-là est en face ; marquons-le. (n âénnge une chaise et u poM an milieu.) « A moi que ceci s'adresse, à moi ! » Avec les deux mains sur la poitrine, en me baissant un peu. t A moi, qui, pendant quarante ans... à moi, dont le patriotisme... à moi que... à moi pour lequel... » puis, tout à coup : « Ah ! vous ne le croyez pas vous-même, monsieur! » Et on reste sans bouger! (Rousseiia garde la
tète en haut, l'index de la main droite vers le sol.) Il répliqUC l «YoS
preuves alors ! donnez vos preuves! Ah ! prenez garde! On ne se joue pas de la crédulité publique !» 11 ne trouve rien. « Vous vous taisez ! ce silence vous condamne ! J'en prends acte ! » Un peu d'ironie maintenant ! On lui lance quelque chose de caustique, avec un rire de supériorité. « Ah! ah! » Essayons le rire de supériorité. « Ah ! ah ! ah ! je m'avoue vaincu, effectivement ! Parfait ! » Mais deux autres qui sont là (rousseiitt déplace deux chaises) — je Ics reconnaîtrai — s'écricut que je m'insurge contre nos institutions, ou n'importe quoi. Alors d'un ton furieux : « Mais vous niez le progrès ! * Développement du mot progrès : « Depuis l'astronome avec son télescope qui, pour le hardi naulonier... jusqu'au modeste villageois baignant de ses sueurs... le prolétaire de nos villes... l'artiste dont l'inspiration... » Et je continue jusqu'à une phrase, où je trouve le moyen d'introduire le mot « bourgeoisie ». Tout de suite : éloge de la bourgeoisie, le tiers État, les cahiers, 89, notre commerce, richesse nationale, développement du bien-être par l'ascension progressive des classes moyennes. Mais un ouvrier : « Eh bien ! et le peuple, qu'en faites-vous ?» Je pars : « Ah ! le peu-
pie, il est grand » ; et je le flagorne, je lui en fourre par-dessus les oreilles l J*exalte Jean-Jacques Rousseau qui avait été domestique, Jacquard tisserand, Marceau tailleur; tous les tisserands, tous les domestiques et tous les tailleurs sont flattés. Et, après que j'ai tonné contre la corruption des riches : « Que lui reprochet-on, au peuple ? c'est d'être pauvre ! » Tableau enragé de sa misère ; bravos ! « Ah ! pour qui connaît ses vertus, combien est douce la mission de celui qui peut devenir son mandataire ! Et ce sera toujours avec un noble orgueil que je sentirai dans ma main la main calleuse de l'ouvrier ! parce que son étreinte, pour être un peu rude, n'en est que plus sympathique ! parce que toutes les différences de rang, de titre et de fortune sont. Dieu merci ! surannées, et que rien n'est comparable à l'affection d'un homme de cœur!... » Et je me tape sur le cœur! bravo! bravo! bravo! (aoutteun
claque dei mains en tournoyant.)