‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 104 sur 183 · OEurres de Tourreil, t. I, p. 31, in-4"; Paris · texte numérisé non relu

OEurres de Tourreil, t. I, p. 31, in-4"; Paris

2. Dans celte fiction, imitée de M. de Callières, l'auteur suppose qu'Apollon a convoqué à Delphes, en assemblée générale, les écrivains de tous les pays et de tons les temps, pour mettre la paix entre eux. A mesure que M. de La Bizardière fait paraître un écrivain, il essaye do le caractériser en quelques lignes, et ses esquisses n'ont presque jamais rien de saillant. Quoiqu'il se prononce en faveur des anciens, il est impartial envers les modernes. Voici un passage de .son livre qui permet de juger sa manière et son opinion : « Bouhours et Perrault se présentèrent : le premier avait fait une comparaison des ouvrages des anciens avec ceux des modernes; son cahier fut lu et examiné; on loua sa modestie, parce qu'il ne se déclarait pas ouvertement ni pour les uns ni pour les autres. Perrault alla plus loin, et crut décider la question (jue Bouliours avait proposée. Ce décbimateur apporta beaucoup de raisons. Démosiiiène et Cicérnn voulurent les réfuter. F.e liieu qui présidait ]"iir (it signe de garder le

public en resta sur le discours de Tourreil, dont les intentions étaient excellentes et les réflexions très-sages. Tourreil a raison de détourner les écrivains de ce penchant éternel à opposer les grands hommes entre eux pour les diviser les uns par les autres, et de réclamer pour des génies difTérents, mais égaux, une égale admiration ; mais ce judicieux discours n'est ni une solution de la question ni même un jugement sur l'histoire de cette période de la discussion. Avant d'en étudier les autres phases en Angleterre et en France, je voudrais, en quelques mots, résumer l'idée qu'on peut se former de la première. Comme je l'ai montré plus haut, la question n'a été jusqu'ici bien posée par personne, ni par les modernes, ni par les anciens, et, de part et d'autre, on s'est jeté dans la lutte sans en circonscrire le champ et sans dresser le plan de la campagne. La critique du xvir siècle, que nous venons d'étudier successivement dans les érudits, dans les hommes du monde, dans les journalistes et dans un grand écrivain, se complaît aux détails et laisse de côté les idées générales, qui pourraient le mieux éclairer le sujet et conduire à la vérité. Les idées générales ne se sont guère trouvées, et encore bien insuftisantes, que chez les novateurs. Ce sont eux qui, les premiers, ont considéré l'ensemble des connaissances liumaines et le lien commun de tous les arts. Perrault , amené par son sujet à embrasser nonseulement la littérature, mais toutes les applications de l'esprit, n'a jeté sans doute qu'un regard su))erficiel sur ce domaine immense, et sa théorie fautive du beau ne lui a pas permis de tirer parti d'une vue féconde qui ramenait tous les arts à un même principe; mais, en étendant à toutes les formes de la pensée la règle jusque-là réservée

silence, et, sur le plaidoyer de leur inirlie. il rendit cet arrêt : « Vu le o jiarallMe rapiiorté par Bouliours, ouï les raisons alléguées par l'errault en • laveur îles nindcirics, la rnur a pruiicuK'é en ra\eur des anciens. » (!'. r)5.)

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aux productions littéraires, il a ouvert une voie nouvelle où s'avancera le siècle suivant. A côté de l'école qu'on peut appeler l'école de Boileau, celle de la critique de détail judicieuse et fine, que La Harpe représente avec autorité et à laquelle se rattache La Motte, malgré ses paradoxes et ses erreurs, il y aura, au xviii" siècle, une école plus curieuse, plus accessible à toutes les idées, plus philosophique en un mot, dont Perrault est le précurseur, celle de Diderot et de Grimm. La critique, qui, au xvii* siècle, se cantonne dans la littérature, s'enhardira bientôt, franchira cette limite artilicielle imposée par la timidité du goût, dictera ses lois à la peinture, à la statuaire, à la musique, et, comme un progrès en amène un autre, l'esprit français, autrefois sédentaire, ne tardera pas à sortir de chez lui et à voyager en pays étranger. Voltaire donnera l'exemple d'étudier les œuvres de l'Europe. On fondera un journal « destiné à faire connaître en France les beautés des littératures italienne, espagnole, anglaise et allemande*. » A propos de l'Orphelin de la Chine, on réimprimera une pièce chinoise qu'on analysera avec admiration. Ou'un voyageur arrive des pays lointains, on le questionnera, on l'écoutera avec une ardeur infatigable, et Diderot transmettra à Sophie Yoland, dans des lettres où se révèle ce besoin nouveau de tout savoir, les récits de M. Hoop chez le baron d'flolbach. « Nous avons perdu de vue, dit Voltaire, le clocher de noire village: » le domaine de l'esprit français, c'est l'univers.

Je suis loin d'attribuer aux modernes du xvii' siècle l'honneur de cette révolution : le xviir l'a seul accomplie. Mais ils l'ont de loin préparée, en essayant d'agrandir le champ de la critique, en portant un regard curieux sur d'autres objets de l'esprit humain que la

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