I. LuUie ]x. — 2. Letlio x
DKS AXCIKNS ET DKS MohKRNES. 421
L;i Molle ne résiste pas : «■ Le parti en est pris , s'écriet-il, je me ferai relever par M. Destouches, et j'irai me livrer aux enchantements de Cambrai'. •• Il veut partir, il veut, dans le palais de Cambrai, prouvera Fénelon qu'il est d'accord avec lui sur Homère. Mais quelques semaines après*, Fénelon expirait à Cambrai. La Motte ne put ni le voir ni l'entendre. L'espérance charmante de ces doux entretiens s'évanouit pour toujours. La Motte pleura sincèrement dans Fénelon non-seulement un grand homme et un ami, mais un partisan de ses opinions et de ses vers. En lisant aujourd'hui cette correspondance où il y a d'un côté tant d'esprit , et de l'autre tant d'illusion et de naïveté , on en tire naturellement une leçon de conduite, utile à suivre dans les discussions littéraires : c'est qu'il faut prendre bien garde , quand les principes sont engagés , que l'aménité du caractère n'ôte rien à la fermeté de l'esprit; que la modération des idées ne paraisse tourner en indécision et indifférence, et qu'une opinion appuyée sur des principes ne se confonde avec une préférence fondée sur un caprice. C'est précisément parce que la vérité est dans le milieu qu'il convient de la défendre vivement contre les deux extrêmes : la modération eflicace , c'est la modération armée. Il ne faut pas choisir les postes intermédiaires pour n'être trop éloigné d'aucun des deux partis, mais pour être plus près delà vérité; et quand on prend part à la lutte, s'il est beau de porter une branche d'olivier dans une main, il est nécessaire de tenir une épée dans l'autre. Quand on écrit sur son drapeau comme Sosie : «Ami de tout le monde ! » on ne déplaît à personne peut-être, mais on ne persuade et l'on ne désarme personne. Ce qu'on gagne