‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 16 sur 183 · BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XXIII · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XXIII

d'un malheur imprévu. Quelle douleur générale! quels sincères regrets ! Quels témoignages nous en avons vus et nous en voyons encore chaque jour ! A Evreux, quel concours touchant d'amis venus de Paris pour rendre un dernier hommage à une mémoire chérie ! Il y avait là plusieurs générations d'universitaires, de vieux professeurs, d'autres que d'honorables scrupules de conscience ont séparés de leur chaire au grand regret de leurs auditeurs; beaucoup de jeunes maîtres ; tous, jeunes et vieux, animés des idées et des sentiments de Rigault, unis par la douleur de sa perte; et j'avoue que voyant cette généreuse élite, dont Rigault était un des chefs, se presser autour de sa tombe, je sentais, à travers mon chagrin, un sentiment de fierté universitaire. Je sentais quel honneur et quelle force c'était que d'appartenir à un corps où Rigault était si bien compris, où il était tant estimé, tant aimé et tant pleuré. Je me disais même auprès de cette tombe ouverte, où descendait un des meilleurs de cette généreuse et savante jeunesse, qu'il fallait encore espérer dans l'avenir, que ceux qui savaient ainsi pleurer leur ami mort, sauraient aussi imiter sa vie; que si un jour venait, où le pays eut besoin de retrouver sa force morale, il y aurait là des âmes qui pourraient la lui rendre; et qu'enfin si aujourd'hui les circonstances manquent aux hommes, les hommes plus tard ne manqueraient pas aux circonstances. Un seul, hélas, manquera alors, qui ayant péri au commencement de la lutte, n'aura que sa

mémoire de présente au triomphe; mémoire toujours clière et toujours vivante dans les cœurs qui, au moment où je parlais, tressaillaient avec moi sur sa tombe.

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