‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 23 sur 183 · Burnouf, Tacite, t. I, Introd., p · texte numérisé non relu

Burnouf, Tacite, t. I, Introd., p

celui d'Auguste le bon et agréable esprit des Romains , aussi bien que les grâces pures et naturelles de leur langue*. y> Sous Auguste, les anciens poëtes avaient leur parti qui dénigrait les nouveaux; mais, si nous en jugeons d'après le témoignage même d'Horace ^ ce mépris était moins la conséquence d'une théorie littéraire que le calcul habituel de l'envie, qui exalte les morts pour abaisser les vivants ^ Quelquefois aussi la question qui se débat est plutôt celle de la suprématie de tel ou tel genre, comme au temps de Démétrius de Phalère, que celle de la prééminence de. telle ou telle époque. La dispute que Lucien raconte dans sa spirituelle satire : Le Maître des rhéteurs, ce n'est pas la dispute des anciens et des modernes, c'est plutôt celle de la littérature facile et de la littérature difficile. Lucien trace une peinture charmante des deux écoles : l'une qui recommande l'étude des vieux auteurs, l'imitation des maîtres, les veilles et le travail ; l'autre qui prêche ce qu'on pourrait nommer l'éloquence aisée, et dont voici la recette pour donner du talent aux médiocrités qui n'en ont pas : beaucoup d'ignorance, encore plus de hardiesse, un costume particulier, l'emploi des mots très-vieux ou trèsnouveaux, le mépris affiché des métaphores classiques ; dire que Démosthène n'a pas de grâce et que Platon est froid; prendre des poses en public; s'entourer de bons amis qui applaudissent fort; se donner quelques vices, si

1. Saint-Évremond, t. 111, \).Vi, du Choix des livres. — 2. Horace, ép. I, liv. II.

.3. Phèdre parle de certains artistes de son temps qui, spéculant sur cet engouement puljlic pour l'antiquité, inscrivaient sur leurs ouvrages les noms de Praxitèle et de Myron, pour en augmenter le prix ;

Ut quidam artifices nostro faciunt saeculo,

Qui pretium operibus majus inveniunt novis,

Si marmori adscripserunt Praxilclen suo,

Myronem argento.... (Lib. V, Prologus.)

Cette ruse a (ité souvent renouvelée. On connaît l'histoire du Cupidon de Michel-Ange, et la leçon que le grand sculpteur donna aux Romains.

l'on a le malheur de n'en pas avoir, alin d'intéresser les lemmes, à qui la mauvaise renommée ne déplaît pas : voilà le secret infaillible de passer pour un grand orateur. Ne croirait-on pas lire notre histoire d'il y a vingt-cinq ans, racontée par un témoin de nos folies'?

Mais ce n'est pas la suprématie de tel ou tel genre de littérature, c'est la question même de la préséance des anciens ou des modernes qu'aborde l'auteur du Dialogue des orateurs. Messala, l'un des personnages du dialogue, est l'avocat des anciens; Aper, celui des modernes; chacun d'eux prononce un plaidoyer véritable devant Materons, l'arbitre du débat. Aper, le premier, prend la parole. Il est beau d'honorer les anciens. Mais à qui ce nom convient-il? Combien faut-il d'années pour faire un ancien? Cicéron est un ancien à l'égard d'Aper et de Maternus; c'est un moderne à l'égard de Démosthène , moderne lui-même à l'égard de Nestor. L'argument d'Aper , emprunté , comme on sait, à Horace, veut faire aboutir le débat à un non-sens'. Je m'étonne seulement que l'auteur du Dialogue des orateurs, quel qu'il soit, se dispense de citer le nom du poète qui lui fournit son argument , à moins qu'un partisan des modernes ne craigne de commettre une inconséquence en invoquant l'autorité d'un ancien^

1. On pourrait citer encore d'autres écrivains qui ont comparé, en passant, le goût littéraire du présent à celui du passé. Sénèque le rhéteur, au début de ses Controverses, déclare que depuis Cicéron l'éloquence a dégénéré (t. I, p. 56, éd. Lemaire). Pline le jeune, au contraire, faisant l'éloge de Verginius Romanus, se plaint de ce penchant à n'admirer que le passé, comme si, dit-il, la nature fatiguée ne pouvait plus rien produire de beau: Neque cnim quasi lassa et effetn natura, ut nihiljam laudabile pariât (lib. VI, ep. xxi). .Martial a combattu le môme travers dans une épi gramme rappelée au xvir siècle, et traduite par Perrault (Martial, épig. X, liv. V; Perrault, Parallèle, t. 1, p. 19), etc., etc. Il ne convient d'insistei que sur \e Dialogue des orateurs, où la question est abordée ex professa.

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