‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 41 sur 183 · nisloire de Port-Jloyal , t. II , p · texte numérisé non relu

nisloire de Port-Jloyal , t. II , p

sécheresse, la nudité du style janséniste*. On pourrait donner un pendant à ce chapitre en prenant pour sujet la littérature des jésuites, et il ne serait pas besoin de l'éloquence de M. de Maistre pour faire aisément préférer par les bons juges la tristesse des jansénistes, qui, du moins, a sa grandeur, à l'élégance souriante et parée, aux grâces fades, à la gentillesse des jésuites. Ceux-ci n'ont que le petit goût. En toutes choses comme en vers latins, ils aiment le diminutif. Poussin disait de leur peinture religieuse : « On ne peut s'imaginer un Christ avec un visage de Père Douillet. » Le mot s'applique aux grands écrivains de l'antiquité traduits ou commentés par les jésuites. Quand ceux-ci les traduisent, ils enjolivent le texte; quand ils les commentent, ils noient la pensée; quand ils écrivent en latin, ils rejettent la langue de tout le monde et se font une langue particulière, ornée, fleurie, pleine de belles expressions propres à figurer sur les cahiers de collège. Ils fardent l'antiquité, ils y introduisent la chose la moins antique, le bel esprit, qui est leur dieu. Le P. Bouhours, un de leurs meilleurs écrivains, a beau définir l'esprit « le bon sens qui brille, • et vouloir que l'éclat ne nuise pas à la solidité ; il a beau comparer le vrai style « à ces soldats de César qui, tout propres et tout parfumés qu'ils sont, ne laissent pas d'être vaillants; » ce qui domine dans la manière des jésuites, ce n'est pas la force, c'est le parfum; on peut leur appliquer le vers de Martial :

.... Maie ciel, qui bene semper olel.

Et ce qui montre le dommage qu'un tel goût fait à l'antiquité, c'est que le P. Bouhours précisément sera l'un des jfremiers partisans des modernes.

Voilà le sort de l'antiquité au xvnr siècle; cultivée avec soin à Port-Royal, mais avec une pieuse défiance de l'esprit

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