‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 44 sur 183 · Chap. XIX. — 2. Chap. xv. — 3. Cliap. xiv · texte numérisé non relu

Chap. XIX. — 2. Chap. xv. — 3. Cliap. xiv

oppose l'Italie. La France du même temps opposera la France ; et même au siècle suivant , l'Angleterre , par la voix de ses modernes, n'opposera que l'Angleterre. Chacun chez soi, chacun pour soi, cette fameuse maxime prévaut, même en littérature. Rien n'explique mieux la lenteur de l'idée de progrès.

Le livre de Tassoni fut traduit en français par Jean Baudouin , le traducteur infatigable de toutes les nouveautés italiennes, anglaises et espagnoles'. Baudouin, un des premiers membres de l'Académie française, y fut nommé dès sa fondation, avecBaulru, Silhon, Bourseys, Maynard, Colletet, Gomberville, etc. La traduction de Baudouin fit peu de bruit, car Pellisson ne la mentionne même pas parmi les ouvrages de cet académicien, et les Pensées diverses, de Tassoni, semblent inconnues non-seulement à Charles Perrault, qui aurait pu s'autoriser de ce nom illustre, mais même à Pierre Perrault, son frère, le traducteur du Seau enlevé. Rien d'étonnant toutefois que Boisrobert ait connu le livre de Tassoni par son confrère Baudouin , et qu'il y i

ait pris l'idée d'attaquer les anciens. Ce n'est qu'une con- ^

jecture, je l'avoue, que le défaut de documents ne me permet pas de changer en affirmation ; mais c'est une conjecture vraisemblable, quoique émise pour la première fois.

C'est Boisrobert qui le premier en France, au xvir siècle, commença par une escarmouche la guerre si longue des anciens et des modernes. Il arrive aux grandes pièces d'être jouées par de petits acteurs, et c'est souvent un faquin, comme dit Balzac, qui paraît sur la scène au lever du rideau. Boisrobert ne se doutait pas que la guerre qu'il allumait durerait plus d'un siècle, et qu'elle occuperait les plus grands esprits de l'Europe; il ne songeait pas davan-

). Piciiouiuiire de Moreii, ait. Tassoni.

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tage à la question philosophique, engagée dans la cause qu'il allait soutenir; il ne pensait pas au progrès, il ne se souvenait pas de Bacon qu'il n'avait jamais lu, il ne prévoyait ni Descartes, ni Pascal ; pour lui c'était une simple question de goijt, quelques-uns même prétendent une question de vanité. Ce personnage était un abbé de cour de beaucoup d'esprit, d'assez mauvaises mœurs, favori de Uichelieu qu'il amusait, parce qu'il était de belle humeur et que , comme dit Voltaire :

Tous les gens gais ont le don précieux De mettre en train tous les gens sérieux.

Il était le bienvenu dans les ruelles, parce qu'il causait agréablement, faisait bien les petits vers, maniait aisément l'épigramme, déclamait à merveille, contrefaisait les gens de la façon la plus plaisante du monde (on l'avait surnommé l'abbé Mondory). Il n'avait guère étudié les anciens que chez Ninon, d'oi!i il ne sortait pas, et dont une robe, disait Mme Cornuel, lui servait de chasuble; ou au cabaret, avec ses amis Tiiéophile, Saint-Amant, Faretet Sorel, qui l'a peint tout au vif dans son roman de Francion; ou bien enlin dans ses prieurés où il menait joyeuse vie :

Je suis vers Chaumont arrêté Au prieuré de la Farté.

Boisrobert, l'un des cinq auteurs des tragédies de Richelieu, avait composé pour son propre compte un grand nombre de pièces de théâtre qui n'avaient pas eu pour réussir la même raison d'Etat que Mirame,et ne lui avaient pas fait beaucoup d'honneur, sauf peut-être la Belle Plaideuse\ où, avant Molière, il avait mis en scène l'aventure

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