‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 48 sur 183 · l'âge · texte numérisé non relu

l'âge

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ges, et (jui attendent des siècles entiers un grand écrivain pour les faire éclore !

Desmarels, on le voit, était amené naturellement par sa conversion à l'admiration des saintes lettres, et par l'admiration des saintes lettres au dédain de l'antiquité profane. Mais j'aurais tort de vouloir l'absoudre entièrement du reproche de vanité que ses contemporains lui adressaient. 11 y a peu d'hommes, môme parmi les meilleurs, qui ne pensent qu'avec leur esprit, et qui se désintéressent tout à fait d'eux-mêmes dans leurs opinions. Desmarets avait fait ce qu'ont fait beaucoup d'honnêtes gens en ce monde : il s'était converti de son incrédulité, mais non de ses passions ; il avait surtout gardé son orgueil intact, et devenu, comme il disait lui-même, amoureux de la sainteté, il parlait encore de son Clovis avec l'humilité que voici :

«; Le poème de Clovis, qui est mêlé du christianisme et du paganisme, à cause que ce grand roi fut retiré de l'un à l'autre, est le plus grand et le plus beau sujet qu'un [)Oote français puisse jamais traiter.... C'est le véritable poëmede la France, où l'on voit les admirables exploits de ce grand roi qui en lit la conquête, et qui lui donna le nom de France, et où la sainte religion triomphe du triomphant. Aussi la Grèce et l'Italie n'ont jamais eu un si noble et si haut sujet où la vraie religion ait combattu et vaincu la fausse, et l'on ne pourra jamais l'appeler en justice au nom d'Homère, ou de Virgile, ou du Tasse, pour restitution ni d'emprunt ni de larcin.

« Quanta la diction, la perfection est de voguer entre les deux écueils de l'obscurité et de la simplicité , sans briser son vaisseau ni contre l'un ni contre l'autre. Le premier n'est pas reconnu pour écueil par les savants grecs et latins, qui croient que la poésie n'a de force que dans les continuelles inversions du langage et dans les paroles mises hors do leur place naturelle, (]ui font de fréquentes ténèbres

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dans les poètes anciens, pour lesquelles ils ont tous besoin d'interprètes, qui sont souvent eux-mêmes bien empêchés pour en trouver le sens.

a L'autre écueil est pris pour un port bien agréable et bien sûr par les simples génies qui, n'ayant aucune force, veulent faire croire que la perfection consiste en une diction bien simple, sans aucune inversion ; et plutôt en la seule politesse qu'en la haute majesté, qui est mêlée de force et de netteté. Ils aiment mieux demeurer dans leurs règles étroites, et que rien ne les ravisse et ne les transporte, parce que rien n'excède la portée de leur faible imagination. C'est se contenter de peu de chose, et prétendre que d'autres s'en contentent; et c'est demeurer au rang des médiocres, qui ne méritent pas le nom de poètes, comme ledit Horace;

Mediocribus esse poelis Non di, non homines, non concessere columnœ*. »

On conçoit que, professant une telle opinion de lui-même, Desmarets dut être blessé grièvement par les épigrammes de Boileau^ et par la froideur relative du public, qui, malgré le bon accueil qu'il lit à Clovis, ne pouvait élever son admiration au même niveau que l'auteur, et ne consentait [)as ci regarder Clovis comme le poème de la France. Desmarets, qui s'estimait loué médiocrement quand on le comparait à Homère, se trouva conduit par son amour-propre,

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