‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 5 sur 183 · BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. VII · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. VII

Elles peignent l'homme, son caractère, son esprit; elles nous font connaître un temps de sa vie. Enfin elles nous découvrent un coin de plus du tableau de la vie de notre ancienne famille royale.

« Compiègne, 30 août 1847.

(( — La vie est aussi agréable ici qu'elle peut l'être pour un professeur au milieu d'une armée. Le prince est bon; la duchesse a beaucoup d'affabilité et de bienveillance; les personnes qui les entourent, dames d'honneur, officiers, tout le monde a été plein de courtoisie à mon égard. IMuis il n'en est pas moins vrai qu'à déjeuner, à dîner, le soir au salon, je suis le seul habit noir, et tu comprends qu'à la porte dun camp, entre des gens toujours armés de pied en cap, la conversation n'est pas souvent littéraire. D'ici à peu, je posséderai un vocabulaire stratégique assez bien garni. Malgré la monotonie d'un entretien auquel je suis nécessairement étranger, je trouve à m'occuper : partout où il y a des officiers, des dames d'honneur, un prince et une princesse, il y a des études à faire et des notes à prendre.... Enfin, comme je ne trouve ici ni morgue ni dédain, comme je m'y suis placé tout d'abord sur un bon pied, que j'ai clairement laissé voir que je me croyais l'égal des officiers du prince, et que le prince, par ses égards envers moi, m'a pleinement donné raison, je n'ai à subir, dans mes relations de chaque jour, aucun de

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ces ennuis qu'on aurait pu redouter pour moi, et que, du reste, je n'aurais pas supportés vingt-quatre heures. J'étais parfaitement décidé, en acceptant mes fonctions nouvelles , à les faire respecter par tout le monde, et si j'avais trouvé ici quelque militaire, dédaigneux des pékins, qui m'eût blessé, quelque noble méprisant la roture, qui m'eût fait une insolence, j'aurais obtenu de suite justice du prince, ou envoyé ma démission. Je n'ai pas encore eu pareille épreuve à subir, et je suis convaincu que je ne l'aurai pas.

a Restent mes fonctions en elles-mêmes. Ici, je ne puis encore juger complètement. Pour bien apprécier de pareils travaux, il faut qu'ils se soient assez longtemps répétés : enseigner un enfant, c'est charmant pendant quelques jours , cela peut devenir très-ennuyeux au bout d'un certain temps, et c'est ce certain temps qu'il faut épuiser, avant d'avoir la mesure véritable et du fardeau qui pèse sur vous, et des forces que vous avez pour le supporter. Quant à moi, je ne puis parler encore que de mes premières impressions : cela ne m'ennuie pas maintenant. Le comte d'Eu est un enfant réfléchi, d'une grande netteté d'esprit, d'une docilité rare : il a toutes les qualités nécessaires pour bien apprendre, et, de plus, la bonne volonté qui les emploie. Ce n'est pas encore un enfant brillant, mais c'est déjà un esprit appliqué, exact et judicieux. Je l'aime beaucoup, et il m'aime beaucoup aussi. Voilà où j'en suis. Il se peut que je me fatigue de cet enseignement jusqu'à ne pouvoir

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