‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 59 sur 183 · La Comète, comédie. — Aspar, tragédie · texte numérisé non relu

La Comète, comédie. — Aspar, tragédie

le grand goût, et dont l'admiration pour ses talents précoces l'avait quelque peu gâté'. 11 avait composé sur les bancs des vers latins, aussi beaux que ceux de Virgile, disait-il plaisamment, « car ils en étaient. » Mais il n'eut jamais, même à vingt ans, cette flamme d'enthousiasme qu'allume dans les âmes le pur amour des grandes beautés de l'art. Mme de ïencin , lui mettant la main sur le cœur, lui disait : « C'est de la cervelle que vous avez là ^ j) Il est le représentant, on pourrait dire le père de cette génération d'esprits géométriques, si nombreux aujourd'hui, dont l'aptitude scientifique a troublé le sens littéraire, et qui inclinent à regarder l'étude des anciens comme l'apprentissage d'une société adolescente, inutile aux peuples émancipés. Enfin ce qui moins que tout le reste aurait pu arrêter Fontenelle, c'est le respect pour les opinions établies. Il l'ut profondément sceptique avant Voltaire , et peut-être plus que lui, car il le fut jusqu'en littérature, oii Voltaire admettait l'autorité. Plus maître de lui que Voltaire, plus calme, plus égoïste, nullement tenté de troubler la quiétude de sa vie en lâchant sur l'espèce humaine quelques poignées de vérités, il se lit une loi, dès son âge mljr, de tenir sa main tout au plus entr' ouverte, et il assista, comme un témoin curieux, à la grande guerre que se faisaient devant lui la philosophie et la religion. Mais, à l'époque oij nous sommes, il était encore jeune, il aimait à contredire pour briller, il avait à prendre une revanche et à se venger

1. Les jésuites lui gardèrent toujours une grande faveur : ils l'avaient délini au collège : Adolescenx omnibus partibiis absoUiIns et rntcr discipulox priiucps. Plus lard, plusieurs professeurs de leurs collèges fireul son portrait dans des discours publics. Trublet cite plusieurs de ces portraits, notamment celui du V. Power, longue série do jolies antithèses, dans le goût de la Compagnie. Le P. Tournemine, dans les Mémoires de Trévoux, trouva moyen de louer même l'Histoire des Oracles (août 1707), et de justifier Fontenelle de toute intention maligne contre la religion.

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