C'est l'idée que le clievalier de Cailly a mise en vers
Dis-je quelque chose assez belle, L'antiquité, tout en cervelle.
Me dit : « Je l'ai dit avant vous, » C'est une plaisante don/elle !
Que ne venait-elle aprfis nous?
.l'aurais dit la chose avant elle.
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grands inventeurs qu'on le croit? Il fut louable au premier homme d'avoir construit ces toits rustiques dont parle Vitruve. Mais n'était-il pas presque impossible de ne pas imaginer quelque chose de semblable, dans la pressante nécessité de se défendre des injures de l'air? Celui qui s'avisa le premier de creuser le tronc d'un arbre, et de s'en faire un bateau pour traverser une rivière, mérite quelque applaudissement. Mais si là«n voulait examiner de près ces toits rustiques et ces premiers bateaux, on verrait que l'idée a pu en être fournie aux premiers inventeurs par les animaux; que les castors sont peut-être les premiers maîtres d'architecture, et qu'une coquille de noix nngeant sur l'eau a pu donner le modèle de la première barque. La gloire de la première invention n'est donc pas si grande qu'on l'imagine.
D'ailleurs, si les anciens ont inventé beaucoup de choses, les modernes ont découvert des perfectionnements plus merveilleux que les premières inventions; et, à supposer que les premiers ouvriers aient eu plus de génie que ceux qui ont perfectionné leurs œuvres, ce qui n'est qu'une simple hypothèse, il n'est pas moins évident que les ouvrages récents, exécutés avec une pleine connaissance et une longue habitude, sont plus parfaits que les anciens, sortis de mains encore novices. C'est faute d'avoir fait cette distinction entre l'œuvre et l'ouvrier, ajoute Perrault, que l)lusieurs savants se sont élevés mal à propos contre l'auteur du poëme sur le Saxlc de Louis le Grand, et l'ont accusé d'avoir manqué de respect envers les anciens. Il loue les anciens, mais il ne loue pas tous leurs ouvrages, et il use même d'un tel ménagement pour eux, que quand il ose, par exemple, trouver quelque chose à redire dans les poëmes d'Homère, il ne s'en prend qu'à son siècle, qui ne lui permettait pas de faire mieux, et non pas à son génie, qu'il traite de vaste et d'ininiilable On n'a pas compris, assuré-
192 HISTOIRE 1)1-: LA OUERELLP:
ment, le système qu'il établit, quoiqu'il soit très-clair. Il pose pour fondement que la nature est immuable et toujours la même dans ses productions, et que, comme elle donne tous les ans une certaine quantité d'excellents vins, parmi un très-grand nombre de vins médiocres et de vins faibles, elle forme aussi dans tous les temps un certain nombre d'excellents génies parmi la foule des esprits communs et ordinaires. Nous convenons tous de ce principe, car rien n'est plus déraisonnable que de s'imaginer que la nature n'a plus la force de produire d'aussi grands hommes que ceux des premiers siècles. Les lions et les tigres qui se promènentaujourd'hui dans les déserts de l'Afrique sont aussi fiers et aussi cruels que ceux du temps d'Alexandre ou d'Auguste ; nos roses ont le même incarnat que celles du siècle d'or : pourquoi les hommes seraient-ils exceptés de cette règle générale? « Ainsi, quand nous faisons la comparaison des anciens et des modernes, ce n'est point sur l'excellence de leurs talents purement naturels , qui ont été les mêmes et de la même force dans les excellents hommes de tous les temps, mais seulement sur la beauté de leurs ouvrages et sur la connaissance qu'ils ont eue des arts et des sciences, où il se trouve, selon les différents siècles, beaucoup de différence et d'inégalités. Car, comme les sciences et les arts ne sont autre cliose qu'un amas de réflexions, de règles et de préceptes, l'auteur du poëme soutient avec raison que cet amas, qui s'augmente nécessairement de jour en jour, est plus grand, plus on avance dans les temps, surtout lorsque le ciel donne à la terre quelque grand monarque qui les aime, qui les protège et qui les favorise. »
Yoilà les idées générales qui dominent dans l'ouvrage de Perrault. Examinons-les brièvement avant d'étudier les applications qu'il en a tirées.
Et d'abord, cette distinction ingénieuse entre l'ouvrage
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et l'ouvrier, dont il se prévaut maintenant, ne se retournera-t-elle pas tôt ou tard contre lui ? Lorsqu'il croira, par cxcmi)le, avoir démontré la médiocrité de quelque chefd'œuvre antique, et qu'il en conclura celle des anciens, nous invoquerons, pour le rappeler au respect de l'antiquité, cette distinction de l'ouvrier et de l'ouvrage, et nous lui répondrons qu'à la rigueur l'œuvre a pu être médiocre et l'artiste excellent. C'est une arme contre Perrault que Perrault dépose entre nos mains.
En second lieu, j'admets qu'il y a des inventions qui ne valent pas certains perfectionnements. Celui qui découvrira l'art de diriger les ballons rendra, en un sens, un plus grand service h. l'humanité que l'inventeur des aérostats, parce qu'un aérostat sans direction n'est qu'un jouet scientifique. Il est beau de trouver un trésor enfermé; mais le trésor n'est rien tant qu'on n'en a pas la clef. J'accorde encore qu'il a fallu au sauvage qui a bâti de bois et de terre la première cabane sur le modèle des huttes de castor, moins d'eflbrt et d'art qu'à Michel-Ange pour jeter dans les airs le dôme de Saint-Pierre de Rome, ou à Claude Perrault pour élever la colonnade du Louvre. J'accorde qu'il y a moins loin de la coquille de noix flottant sur un ruisseau à la première barque, que de la première barque à nos vaisseaux de ligne. Mais Perrault conclut que l'invention du vaisseau est supérieure à celle de la barque, et il a tort. En vertu de son propre raisonnement et de sa distinction entre l'ouvrier et l'ouvrage, tout ce qu'il a le droit de conclure, c'est la supériorité du vaisseau. Pour proclamer justement celle du constructeur, il faudrait mesurer avec exactitude le degré d'invention qui lui appartient, et, pour cela, connnaître exactement la série des perfectionnements qui ont précédé et préparé son ouvrage. C'est précisément ce qui est impossible. Entre la barque et le vaisseau, que d'inventions diverses qui ne datent pas
194 HISTOIRE DE L\ QUEREU-E
du même temps, qui ne relèvent pas du même ouvrier! Qui sait combien ilyaeu d'efforts, de tâtonnements et d'ébauches, depuis la coque du premier esquif jusqu'à la rame, de la rame au gouvernail, du gouvernail au mat et à la voile? Combien a-t-il fallu d'années pour franchir tous ces degrés ? Nul ne saurait le dire : mais on peut conjecturer que la suite des essais a été longue, et que la gloire de l'invention se partage entre une foule d'inventeurs , tant l'esprit humain est lent ci tirer les conséquences d'un principe et les applications d'une invention première! Kappelons-nous le proverbe : Il y a plus loin de 0 à 1 que de 1 à 100.
Voilà le second vice du raisonnement de Perrault. Il ne tient pas assez de compte de l'invention première; il ne voit pas que son grand mérite est de contenir virtuellement toutes les autres. Au point de vue de l'art , je le réj)ète, la hutte du sauvage n'est rien auprès du Louvre ; mais au point do vue de la philosopliie, le palais est contenu dans la cabane, comme le vaisseau de ligne est enfermé tout entier dans les flancs de la première pirogue. Tôt ou tard l'industrie humaine l'en fera sortir. Qu'est-ce que le gland à côté du chône? Mais que serait le chêne sans le gland? Perrault s'occupe trop des résultats, et pas assez des causes. Ce qui fait la beauté de l'ébauche primitive et la grandeur de ces premières idées écloses dans l'esprit de l'homme, c'est qu'étant plus éloignées de l'art, c'est-à-dire du travail iiumain, elles sont plus près de la nature, c'està-dire de l'inspiration divine. L'art, c'est l'homme ajouté à la nature, a dit admirablement Ilacon : liomo nddiius nalurx. Dans ces premières découvertes de l'esprit humain ()ui s'éveille, dans ces idées encore confuses et imjjarfaites que lui suggère le spectacle de la nature, on ne saurait voir l'œuvre collective des générations écoulées et le fruit d'un long travail; il n'y a que le don naturel do l'Iionime,
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que la faculté créatrice provoquée par la contemplation des choses, que le mécanisme merveilleux de la pensée humaine mis en mouvement par la main de Dieu. C'est li un privilège que rien n'égale. Nos industries sont admirables, mais nous ne pouvons revendiquer la gloire naïve et poétique du premier ouvrier, par la raison que nous ne pouvons être nos aïeux. Perrault l'a trop ouMié. Voilà pourquoi il dédaigne étourdiment les inventions premières; voild pourquoi il se moque de la pourpre, en la comparant aux teintures trouvées par la chimie, et de la première montre qu'il appelle un tournebroche, en la comparant aux pendules de Kuyghens. S'il vivait de nos jours, en regardant passer un bateau à vapeur, l'ingrat se moquerait de Roger Bacon.
Cette préférence exclusive qu'il accorde au pjerfectionncrnent sur l'invention tient, au fond, à l'idée fondamentale de ses Parallèles, celle de la permanence des forces de la nature, qu'il exprime, comme Fontenelle, par une comparaison : Les arbres produisent aujourd'hui les mêmes fruits; pourquoi les hommes ne produiraient-ils pas les mêmes idées? Et s'ils les produisent, si, de plus, ils héritent de toutes celles de leurs devanciers, comment les hommes d'aujourd'hui, c'est-à-dire les vrais anciens, ne seraient-ils pas supérieurs à ceux d'autrefois, c'est-à-dire aux vrais modernes? 11 est temps d'indiquer les côtés faibles de cet argument. Je ne veux pas le prendre au mot, comme fil une femme d'esprit du xvir siècle, qui, mécontente de devenir une ancienne, se vengea en répliquant : « M. Perrault a raison ; le monde est si vieux qu'il radote. » Mais, si les noms d'anciens appliqués aux modernes et de modernes appliqués aux anciens ne doivent pas se prendre à la rigueur, il faut avouer que les mots auirefoi.i et aujourd'hui, dont Perrault se sert pour comparer le passé avec le présent, manquent de précision. Perrault au-
rail dû fixer les bornes de l'antiquité et de la nouveauté, afin que chacun pût connaître son bien et le défendre. Mais il a laissé le point indécis pour profiter de l'indécision, et il a tiré à lui, sous le nom de modernes, des hommes et des inventions qu'on peut revendiquer pour les anciens, selon la date qu'on assigne à la nouveauté. De même, comme il n'a pas défini la supériorité qu'il attribue aux modernes, comme il se sert de ce mot en général et sans en limiter le sens, il faut bien le prendre dans toute son étendue , et la responsabilité de Perrault s'accroît de toutes les distinctions qu'il ne fait pas. Mais le plus grand défaut de son argument, c'est qu'il tend à confondre, dune façon absolue, la postériorité avec la supériorité. Si son principe était entièrement vrai, une époque l'emporterait sur une autre, par cela seul qu'elle viendrait après elle, et de la succession continue et indéfinie des générations résulterait la perfecti- IjiHté indéfinie de l'humanité, sans retardement, sans interruption. Mais, comme Perrault n'ignore pas que l'histoire lui ménage quelques objections, il se réserve d'abord une porte dérobée ; « Il faut, dit-il prudemment, que toutes choses soient égales entre elles, pour qu'un siècle soit supérieur à l'autre; il faut qu'il n'y ait pas de guerres, pas d'invasions de barbares, pas de révolutions, pas d'interruption dans les études. » Voilà la théorie du progrès à la merci des événements ! (Jue les catastrophes prévues par Perrault éclatent, combien l'humanité fera-t-elle de pas en arrière? Combien de temps mettra-t-elle, au moyen âge, à s'élever au-dessus du siècle d'Auguste, après avoir été si longtemps au-dessous? Perrault n'a garde de répondre; il aime mieux abandonner sa restriction, reprendre son principe dans toute son étendue, et soutenir qu'un siècle plus récent l'emporte nécessairement sur un siècle plus ancien, et que la succession implique la supériorité, c'est-à-dire que Perrault n'échappe à une contradiction que pour tomber
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dans une idée fausse, démentie par l'histûiic et par le bon sens.
Examinons maintenant les applications que Perrault tire de ses principes.
Le premier dialogue des Paraïlcks roule sur l'arciiitccture, la statuaire et la peinture. Perrault, à son début, a voulu se placer sur son terrain. On reconnaît le contrôleur des bâtiments de Colbert. L'homme du métier se montre, mais l'homme de métier plutôt que l'homme de goût. En toutes choses, Perrault croit beaucoup trop au métier et ne songe pas assez à l'art. Tout habile qu'il est dans la pratique, le sentiment du beau lui échappe. C'est un de ces esprits adroits et industrieux, doués d'une grande variété de talents et de connaissances, mais qui ne dépasse pas le point où l'artiste commence, et avec lui l'homme supérieur. Voici son raisonnement : Nous savons mieux la géométrie, la perspective et l'anatomie que les anciens; nous avons perfectionné les instruments et les procédés de l'architecture, de la statuaire et de la peinture; nous connaissons le secret du clair-obscur et de la dégradation des teintes, que les anciens ignoraient ; donc nous sommes de plus grands architectes , de plus grands sculpteurs et de plus grands peintres que les anciens '. Perrault ne sépare pas la partie matérielle des arts , celle qui admet des perfectionnements successifs , de la partie spirituelle, de la pensée, du génie, qui peut être complet en naissant. Il ne voit pas que le perfectionnement des procédés et des instruments sert la médiocrité plutôt que le génie, et qu'au lieu de multiplier les chefs-d'œuvre, l'accroissement des
1. ParnUèlcs, t. II, p. 237. L'aLLé du Bos a coiitcslé rariirmalidu •le Perrault, dans ses Hé; exions crili(iui's sur la poésie et sur la pcinlure; il soutient, en s'appuyant sur des textes, que les anciens égalaient, dans le clair-obscur et dans -la distribution des lumières et des ombres, les plus grands peintres modernes. (Tome 1", p. 4U7.) |
198 HISTOIRE 1)K LA (JUEUKLLE
connaissances les rend plus diflicilcs et plus rares , en étoullant les dons naturels sous le poids des idées acquises, comme sous un monceau de bois s'évanouit l'étincelle d'où la llamme allait s'élancer. Perrault n'établit même aucune distinction entre les arts qui ont besoin du temps pour arriver à leur perfection, et ceux qui peuvent être parfaits dès leurs commencements. Il ne songe pas que la peinture empruntant à l'humanité ses modèles, et que la beauté humaine variant avec les races et selon les époques, il peut y avoir, dans les types que la peinture copie, une décadence accidentelle qui atteint l'art lui-même, en corrompant l'idée que les peintres se forment de la beauté. Aux yeux de Perrault , les formes seules de la beauté varient, la beauté elle-même est égale dans tous les temps :
« Je me trouvais, il y a quelque temps, dit-il, avec cinq ou six de mes amis, dans le cabinet d'un curieux qui avait pris plaisir de ramasser les portraits des plus belles femmes ([ui soient aujourd'hui dans l'Europe, et de celles qui y ont fait du bruit pendant le dernier siècle. De quarante ou cinquante portraits que nous regardions, il n'y en avait pas deux qui se ressemblassent ni qui fussent du même genre de beauté. Nous nous imposâmes la nécessité de choisir chacun celle qui nous plairait le plus, pour voir si nous nous rencontrerions. Le choix tomba sur autant de beautés que nous étions d'hommes, et pas une n'eut deux voix pour elle. »
Je ne m'arrête pas à discuter cette double idée de la permanence dans la race humaine d'une beauté toujours égale sous des formes variées, et de l'égale légitimité des goûts les plus divers. Mais voici la conséquence qu'en tire J^errault : c'est que dans ies arts, comme dans l'humanité, dans l'architrcture, dans la statuaire, dans la peinture, dans l'éloquence et la poésie, il y a deux sortes de beautés :
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les beautés universelles et absolues, c'est-à-dire celles qui plaisent en tout temps et tout lieu, et à tout le monde, et les beautés particulières et relatives, qui ne plaisent qu'à certaines personnes, en certains lieux et en certains temps, «c En architecture, les beautés naturelles et positives qui plaisent toujours, c'est pour les bâtiments d'être élevés et d'une vaste étendue, d'être bAtis de grandes pierres bien lisses, bien unies, dont les joints soient presque imperceptibles; que ce qui doit être perpendiculaire le soit parfaitement, que ce qui doit être horizontal le soit de même, que le fort porte le faible , que les figures carrées soient bien carrées, les rondes bien rondes , et que le tout soit taillé proprement, avec des arêtes bien vives et bien nettes'. >• Voilà les beautés universelles et éternelles. Mais les pro- [)ortions, mais le style, mais l'élégance des formes et le goût des ornements, ce sont des beautés purement arbitraires, qui plaisent parce que les yeux s'y sont accoutumés, et qui n'ont d'autre avantage que d'avoir été préférées à d'autres qui les valaient bien, et qui auraient plu également, si on les eût choisies.
De même dans l'éloquence, raisonner juste et conséquemment, prouver ce qu'on avance, réfuter les objections par des raisons solides et convaincantes, voilà les beautés absolues, éternelles; le style, les ornements, la grâce, l'abondance ou la concision, la tristesse ou l'enjouement, la simplicité ou la parure, tout cela est purement arbitraire : c'est tantôt plus, tantôt moins, selon l'humeur des auditeurs, selon le goût et la mode du siècle ^ En d'autres termes, Perrault n'admet de règle que pour le fond des choses : la forme, le style, le goût, pure convention. Il y a le vrai et le faux, le droit et le courbe, le carré et le perpendiculaire ; cela est de tous les temps, et tout le monde le sent.
1. Parallèles, l. II. p. 4".. — 2. Purallùks , t. III. i'. 49.
Mais le beau et le laid , la grâce et la diirormité , l'agréable et le désagréable, ce sont des conventions et des caprices, c'est ce qu'on nomme le goût, qui n'est autre chose que la mode. Il s'ensuit naturellement qu'il ne faut pas alléguer le style ni le goût, quand on veut prouver la supériorité des anciens : car, d'après la thèse de Perrault, ce qui a plu de leur temps peut déplaire aujourd'hui, et il n'y a pas lieu d'asseoir un jugement sur les beautés mobiles de la forme. Reste le fond ; or, comme, pour le fond, pour la partie positive et matérielle des arts, pour le nombre et la justesse des idées, les modernes l'emportent sur les anciens, il est évident que leur architecture, leur statuaire, leur peinture, sont supérieures, aussi bien que leur éloquence. Le palais d'Auguste , dit-on, n'avait pas de vitres : qu'on lui compare la colonnade du Louvre. En architecture, Perrault ne cite que les monuments de son siècle, comme en peinture il tire plus volontiers ses exemples des œuvres de Lebrun, qu'il met au-dessus de Paul A^éronèse et de Raphaël K Si novateur qu'il soit, il borne volontiers son horizon ; il ne sort guère de Paris ou de Versailles, il méprise l'architecture gothique. Au Panthéon, au temple d'Éphèse, au Golisée, au tiiéàtre de Marcellus, à l'arc de Constantin, il oppose la façade du Louvre, ce qui est d'un bon frère, et ne songe pas un instant à la cathédrale de Rourges et à Notre-Dame de Paris. Il n'aime pas plus le. gothique que ne l'aiment Fénelon et La Rruyère. Il est tout entier de son siècle, par ses admirations comme par ses dédains.
Mais à quel titre discuterai-je les unes et les autres ? Perrault m'a désarmé d'avance en rdcusant le goût. Je ne veux pas entreprendre la défense du goût, i)eu sérieusement attaqué. Une seule réllexion. Il y a deux sortes de