Sat. vu, vers 22G
206 HISTOIRE DE LA QUERELEl-;
sommes des envieux ; peut-être nous dira-t-on demain que nous sommes des entêtés et des opiniâtres. » Perrault termine cette seconde préface, comme la première, par un quatrain qui atteint Boileau :
L'agréable disjmte où nous nous amusons Passera sans finir jusqu'aux races futures :
Nous dirons toujours des raisons,
Ils diront toujours des injures.
Enfin on avait adressé de toutes parts à Perrault une objection qu'il juge sérieuse, car il essaye de la réfuter longuement dans son troisième dialogue. « Les modernes, avait- on dit, ne savent ni le grec ni le latin ; ils jugent des auteurs par les traductions ; ils sont condamnés à juger mal. » Perrault répond d'abord en insinuant qu'il n'ignore ni le latin ni le grec. « Yous savez parfaitement le grec et le latin, » dit le Président à l'Abbé, et l'on se souvient que l'Abbé c'est Perrault. Il y a là quelque prétention. Perrault ne sait que très-peu de grec; quant au latin, il en possède ce qu'en a pu retenir un homme du monde qui a l'esprit curieux, qui a fait des études satisfaisantes et qui, « s'étant trouvé capable d'emplois considérables, y a occupé les plus belles années de sa vie, ce qui l'a empôclié d'apjjrendre jjarfaitement les langues anciennes, partage ordinaire do ceux qui ne peuvent rien faire de mieux. » C'est Perrault qui dit cela, toujours à l'adresse des robes noires '. Qu'importe d'ailleurs ? Non-seulement, selon l'Abbé, il est permis de juger, mais on juge mieux les auteurs dans une traduction que dans le texie. Cette thèse singulière, Perrault l'aipuie sur des raisons plus ingénieuses que persuasives, ba jiremière, c'est que l'on comprend toujours moins bien un auteur que le traducteur qui s'est appliqué et a réussi à le bien traduire; la seconde, c'est que le traducteur vous expose, sinon le style, au moins les sentiments et les pen-