‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 93 sur 183 · Lettre (lu 16 novembre 1(19:!, ihid · texte numérisé non relu

Lettre (lu 16 novembre 1(19:!, ihid

aussi savant que Bayle, et qui faisait profession de l'admirer si fort, c'était de bonne guerre, et Boileau fut très-sensible ù cette citation imprévue.

Ainsi, de tous côtés, l'opinion se montrait favorable aux modernes. Ils trouvaient des partisans dans les journaux et dans la société polie. Huet reconnaît leur succès dans sa H'ttre à Perrault, et l'engage h se délier « des applaudissements d'une infinité de gens qui, ne connaissant pas l'antiquité, ont plus tôt fait de la mépriser que de l'étudier. » On voit, par une lettre de Racine à Boileau, que le fils du chancelier Pontchartrain avait demandé à Boileau la suppression d'une strophe de VOde sur la prise de Namitr, dirigée contre Perrault et Fontenelle. Boileau se plaint sans cesse de la sottise du public, qui tend les bras aux modernes. Jusque chez ses meilleurs amis, Boileau rencontrait des modernes qui osaient lui tenir tète, et, lui présent, déclamer contre les anciens. Un jour qu'il dînait chez M. de Lamoignon avec deux évêques, Gorbinelli, le P. Bourdaloue et l'un des amis de ce dernier, la conversation tomba sur les anciens et les modernes, et plusieurs des convives, notamment l'ami du P. Bourdaloue, poussèrent assez vivement Despréaux. Celui-ci, se préparant une revanche piquante, avoua qu'il y avait un moderne, un seul qui surpassait à son goût et les vieux et les nouveaux. «. Le compagnon du P. Bourdaloue, qui faisait l'entendu, raconte Mme de Sévigné, lui demanda quel était donc ce livre si distingué dans son esprit. Il ne voulut pas le nommer. Gorbinelli lui dit : « Monsieur, je vous a conjure de me le dire, afin que je le lise toute la nuit. » Despréaux lui répondit en riant : «Ah! monsieur, vous l'avez a lu plus d'une fois, j'en suis assuré. » Le jésuite reprend, et presse Despréaux de nommer cet auteur si merveilleux, avec un air dédaigneux, un cotai riso amaro. Despréaux lui dit : « Mon Père , ne me pressez point. » Le Père continue. Enfin, Despréaux le prend par le bras, et, le serrant bien

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fort, lui dit : « Mon père, vous le voulez? Eh bien! c'est <t Pascal, morbleu ! — Pascal ! dit le père tout étonné; Pascal a est beau autant que le faux le peut être. — Le faux, dit « Despréaux , le faux ! Sachez qu'il est aussi vrai qu'il est « inimitable: on vient de le traduire en trois langues.» Le père répond : « Il n'en est pas plus vrai pour cela. » Despréaux entame une autre dispute; le père s'échauffe de son coté; et, après quelques discours fort vifs de part et d'autre, Despréaux prend Corbinelli par le bras, s'enfuit au bout de la chambre; puis, revenant et courant comme un forcené, il ne voulut jamais se rapprocher du père, et alla rejoindre la compagnie '. » « J'ignore, dit Louis Racine, en rapportant cette anecdote , si Mme Sévigné n'a point orné son récit -. » Je crois Mme de Sévigné très-véridique. Cette malice de lioileau, ce dénoùment évasif et spirituel de la discussion, ce jugement très-sincère et très-sérieux qui a la forme d'une boutade, ces retards calculés à prononcer le nom de Pascal, cette explosion, cette vivacité de pantomime, et cette course loin du jésuite ébahi, tout cela c'est Boileau lui-même, Boileau dans le monde, en présence d'un moderne, et pour ainsi dire devant l'ennemi. Mme de Sévigné l'a peint au naturel, en racontant cette petite comédie.

Il ne manque rien à son récit charmant, sinon l'opinion de Mme de Sévigné elle-même. Sans doute son esprit, son goût délicat, son instruction et ses amitiés l'inclinaient du côté des anciens. Mais Mme de Sévigné et quelques autres femmes illustres, comme l'abbesse de Fontevrault, pour qui Racine traduisait le Banquet, Mme de Longueville et la princesse de Conti, qu'Arnauld cite parmi les appuis de Roileau, étaient des exceptions dans la société française. La plupart des femmes, même distinguées, étaient du parti de

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