Hcflexioiis, viii
DKS ANCIKNS KT DES MODKUNKS. 267
tracé le portrait du pL'daiit, me répondra peut-être (jue ce n'est point là le véritable caractère d'un pédant. Il faut j)Ourtant lui montrer que c'est le portrait qu'en fait le célèbre Régnier, c'est-à-dire le poète français qui, du consentement de tout le monde, a le mieux connu, avant Molière, les mœurs et le caractère des hommes. C'est dans sa dixième satire, où décrivant cet énorme pédant, qui
Faisait par son savoir, comme il l'aisnit entendre, La ligue sur le nez au pédant d'Ale.\andre ;
il lui donne ensuite ces sentiments :
Qu'il a, pour enseigner, une belle manière;
Qu'en son globe il a vu la matière première;
Qu'Epicure est ivrogne, Hippocrate un bourreau;
Que Barlhole et Jason ignorent le barreau ;
Que Virgile est passable, encor qu'en quelques pages
Il UK'ritàt au Louvre être sifflé des pages;
Que Pline est inégal, Térence un peu joli;
Mais surtout il estime un langage poli.
Ainsi sur chaque auteur il trouve de quoi mordre ;
L'un n'a pas de raison, et l'autre n'a point d'ordre;
L'un avorte avant temps des œuvres qu'il conçoit;
Souvent il prend Macrobe et lui donne le fouet, etc.
«Je laisse à Monsieur P.... le soin de faire l'application de celte peinture, et de juger qui Régnier a décrit par ces vers : ou un homme de l'Université, qui a un sincère respect pour tous les grands écrivains de l'antiquité , et qui en inspire, autant qu'il peut, l'estime à la jeunesse qu'il instruit; ou un auteur présomptueux, qui traite tous les anciens d'ignorants, de grossiers, de visionnaires, d'insensés, et qui, étant dt-jà avancé en Age, emploie le reste de ses jours et s'occupe uniquement à contredire le sentiment de tous les hommes. »
Roiloau so souvenait du portrait que Perrault avait tracé
de lui dans Y Apologie des femmes; en manière de pendant, il a fait à son tour celui de Perrault.
On regrette de ne pas trouver dans les Réflcxio.is sur Lon- (jiii une défense d'Homère, sur qui les modernes, k l'exemple de Desmarets, commençaient à concentrer l'effort de leur attaque. C'était le droit d'Homère et comme le privilège reconnu de son génie, de recevoir les premiers coups. C'était aussi la conséquence naturelle de l'esprit du xvii« siècle. Le xvii^ siècle a mieux compris la littérature latine que la littérature grecque, parce que celle ci est plus près de la nature; il a mieux coni{)ris Virgile qu'Homère, et Cicéron que Démosthène ; on s'en aperçoit aux précautions que prend Fénelon, dans sa LeUrc à l'Académie, pour faire accepter sa préférence en faveur de Démosthène. Cette société polie du xvir siècle avait peine à se détacher d'elle-même, et à ne pas aimer mieux son élégance que la rudesse des mœurs primitives dont Homère lui offrait le tableau. Elle se reconnaissait mieux dans Virgile et dans le siècle d'Auguste. Boileau lui-même, qui savait le grec et qui aimait Homère, ne comprenait pas toute sa simplicité. Il le justifiait contre Perrault en disant qu'il n'avait jamais employé qu'un seul mot bas; et Boileau ne voyait pas qu'il agissait à l'égard d'Homère comme ces grands seigneurs qui, recevant chez eux un bourgeois, l'ennoblissent, sans y faire attention, et lui prêtent par habitude une particule nobiliaire à laquelle il n'a pas droit. Racine est obligé d'avertir Boileau de changer sa phrase et de ne pas dire que le mot âne est très-noble en grec*. Racine est peut-être, avec Fénelon et Mme Dacier, le seul écrivain du siècle de Louis XIV qui, sachant échapi)er en esprit à la civilisation de son temps, ait goûté la peinture des mœurs primitives et compris la vraie beauté d'Homère. Pendant le