LA RENCONTRE
La musique retentit sous les tilleuls, c’est là que dansent les garçons et les filles du village; il y a aussi là deux personnages que nul ne connaît ; ils sont sveltes et élégants.
Leur danse a des balancements étranges, ils se regardent en riant, ils secouent la tête; la belle femme murmure à l’oreille d ? son cavalier :
— « Mon beau sire, à votre chaneau vert pendille certain lis qui ne croît qu’au fond de l’Océan. — Vous ne descendez pas , à coup sûr, de la côte d’Adam.
« Vous ôtes un ondin , un fils de la mer, vous venez pour séduire les petites villageoises. Je vous ai reconnu du premier coup d'œil à vos dents d’arôtes de poisson, d
Ils se livrent tous deux de nouveau aux balancements étranges de leur danse; ils se regardent en riant, ils secouent la tête; le cavalier murmure à l’oreille de sa danseuse :
— « Ma belle demoiselle , dites-moi un peu pourquo. votre main est aussi froide que de la glace? Dites-moi un peu pourquoi l’ourlet de votre blanche robe est trempé d’eau ?
a Je vous ai reconnu du premier coup d’œil à vos révérences moqueuses — A coup sflr, tu n’es point une
ŒUVRES DE HENRI HEINE
Mie d’Eve, tu cs un enfant des eaux , ma petite cousine l’ondine. »
Les violons se taisent, la danse est finie, le beau couple se sépare fort civilement. — Tous les deux se connaissent malheureusement trop.