‹ Œuvres completes de Henri Heine Poemes et legendesChapitre 6 sur 83 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

Ils m’ont tourmenté, fait pâlir et blêmir de chagrin les uns avec leur amour, les autres avec leur haine.

Ils ont empoisonné mon pam , versé du poison dans mon verra, les uns avec leur haine, les autres avec leur amour.

Pourtant la personne qui m’a le plus tourmenté, ch&>

ŒUVRES DE HENRI HEINE

griné et navré, est celle qui ne m'a jamais haï et ne m’a jamais aimé.

L'été brûlant réside sur tes joues; l’hiver, le froid hiver habite dans ton cœur.

Cela changera un jour, 6 ma bien-aimée ! L’hiver sera sur tes joues, l’été sera dans ton cœur.

Lorsque deux amants se quittent, ils se donnent la main et se mettent à pleurer et à soupirer sans fin.

Nous n’avons pas pleuré, nous n’avons pas soupiré : les larmes et les soupirs ne sont venus qu’après.

XLY

Assis autour d’une table de thé, ils parlaient beaucoup de l’amour. Les hommes faisaient de l’esthétique, les dames faisaient du sentiment.

L’amour doit être platonique, dit le maigre conseiller. La conseillère sourit ironiquement, et cependant elle soupira tout bas : Hélas !

Le chanoine ouvrit une large bouche : L’amour ne doit pas être trop sensuel ; autrement, il nuit à la santé. La jeune demoiselle murmura : Pourquoi donc ?

La comtesse dit d’un air dolent : L'amour est une

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passion ! et elle présenta poliment une tasse à M. le baron.

Il y avait encore à la table une petite place ; ma chère, tu y manquais. Toi, tu aurais si bien dit ton opinion sur l’amour.

Mes chants sont empoisonnés: comment pourrait-il en être autrement? Tu as versé du poison sur la Heur de ma vie.

Mes chants sont empoisonnés: comment pourrait-il en être autrement? Je porte dans le cœur une multitude de serpents, et toi, ma bien-aimée !

Mon ancien rêve m’est revenu : c’était par une nuit du mois de mai ; nous étions assis sous les tilleuls, et nous nous jurions une fidélité éternelle,

Et les serments succédaient aux serments, entremêlés de rires , de confidences et de baisers ; pour que je me souvienne du serment, tu m’as mordu la main !

O bien-aimée aux yeux bleus! ô bien-aimée aux blanches dents! le serment aurait bien suffi} la morsure était de trop.

Je montai au sommet de la montagne et je devins

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sentimental, a Si j’étais un oiseau!» soupirai-je tendrement.

Si j’étais une hirondelle, je volerais vers toi, ma mignonne, et je bâtirais mon petit nid sous les corniches de ta fenêtre.

Si j’étais un rossignol, je volerais vers toi, ma mignonne, et, du milieu des verts tilleuls, je t’enverrais la nuit, mes chansons.

Si j’étais un serin , je volerais aussitôt vers ton cœur, car, comme on me l’a dit, ma mignonne, tu aimes les serins, et tu te réjouis de leur bavardage.

J’ai pleuré en rêve; je rêvais que tu étais morte; je m’éveillai, et les larmes coulèrent de mes joues.

J’ai pleuré en rêve; je rêvais que tu me quittais; je m’éveillai, et je pleurai amèrement longtemps après.

J’ai pleuré en rêve ; je rêvais que tu m’aimais encore ; je m’éveillai, et le torrent de mes larmes coule toujours.

Toutes les nuits je te vois en rêve, et je te vois souriant gracieusement, et je me précipité en sanglotant à tes pieds chéris.

Tu me regardes d’un air triste, et tu secoues ta blonde

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petite tête; de tes yeux coulent les perles humides de tes larmes.

Tu me dis tout bas un mot, et tu me donnes un bouquet de roses blanches. Je m’éveille , et le bouquet est disparu , et je veux oublier le mot.

La pluie et le vent d’automne hurlent et mugissent dans la nuit ; où peut se trouver à cette heure ma pauvre, ma timide enfant?

Je la vois appuyée à sa fenêtre, dans sa chambrette solitaire ; les yeux remplis de larmes, elle plonge ses regards dans les ténèbres profondes.

Le vent d’automne secoue les arbres, la nuit est humide et froide; enveloppé d’un manteau gris, je traverse à cheval le bois.

Et tandis que je chevauche, mes pensées galopent devant moi ; elles me portent léger et joyeux à la maison de ma bien-aimée.

Les chiens aboient, les valets paraissent avec des flambeaux; je gravis l'escalier de marbre en faisant retentir mes éperons sonores.

Dans une chambre garnie de tapis et brillamment

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éclairée, au milieu d’une atmosphère tiède et parfumée, ma bien-aimée m’attend. — Je me précipite dans ses bras.

Le vent murmure dans les feuilles, le chêne chuchote dans ses rameaux : a Que veux- tu , fou cavalier, avec ton rêve insensé? »

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