LES CAPRICES DES AMOÜREUX
^Histoire véritable, racontée d’après d’anciens documents originaux, et traduite en belles rimes allemandes.)
Le scarabée se tenait sur une haie, triste et pensif; il est devenu amoureux d’une mouche.
« O mouche de mon âme, sois l’épouse de mon ehoix !
«Épouse-moi, ne rejette pas mon amour! j’ai un ▼entre tout d’or.
« Mon dos est d’un éclat splendide; ce ne sont que rubis et émeraudes. »
— « Je serais bien folle, vraiment ! Non, jamais je ne prendrai un scarabée.
« Ni l’or, ni les rubis, ni les émeraudes ne m’attirent. Je sais que la richesse ne fait pas le bonheur.
« Mes rêves sont pour les choses idéales , car je suis «ne mouche qui se respecte. »
Le scarabée s’envola accablé de tristesse; la mouche s’en alla prendre un bain.
a Où donc est ma servante l’abeille, pour qu’elle m’aide à me laver?
a Où est-elle, pour frotter doucement ma One peau? car je suis la fiancée d’un scarabée.
o En vérité, c’est là un magnifique parti ; de plus beau scarabée, il n’en est point.
a Son dos est d’un éclat splendide ; ce ne sont que rubis et émeraudes.
«Son ventre est tout d’or; il a de nobles traits. Plus d’une grosse mouche ambitieuse en crèvera de dépit.
« Hâte-toi, mon abeille, hâte-toi de me friser, de lacer mon corsage, et de répandre sur moi les parfums.
a Frotte-moi avec de l’essence de rose et verse-moi de l’huile de lavande sur les pieds.
a II ne faut pas que je pue quand je reposerai dans les bras de mon fiancé.
« Déjà les demoiselles bleues, mes filles d’honneur, viennent me complimenter ;
« Elles me tressent ma couronne virginale de blanches fleurs d’oranger.
ŒUVRES DK HENRI HEINE
« Beaucoup de musiciens sont invités, des chanteuses aussi , surtout les cigales du grand monde.
a Les butors, les frelons, les taons, les bourdons sonneront de la trompette et battront du tambour.
a Ils joueront la musique de la fête. Déjà voici venir les gens de la noce ; ces papillons aux ailes bigarrées sont toujours bien huppés.
a Voici venir toute la famille, parée et joyeuse. A vrai dire, il y a dans le nombre beaucoup de vilains insectes.
a Les sauterelles et les guêpes , les tantes et les cousins arrivent. Les trompettes retentissent.
a Le révérend crapaud, pasteur en robe noire, se présente aussi. — Il se fait tard déjà, et les cloches sonnent, bim-bam, bim-bam... Où reste mon cher fiancé? »
a Les cloches sonnent, bim-bam, bim-bam. — Où reste donc mon fiancé chéri ? »
Le fiancé volait toujours bien loin, bien loin. Il s’était posé enfin sur un tas de fumier.
11 y resta sept ans, jusqu’à ce que la fiancée fût morte et pourrie
tK LIVRK DR LAZARR.
sur.:
« Je ne suis pas une petite chatte bourgeoise et bégueule. Je ne tourne pas mon rouet dans une chambre de dévote. Sur le toit , au grand air, je suis une chatte libre.
« Lorsque je rêve sur le toit, pendant les nuits d’été, à la fraîcheur, la musique gronde et ronfle dans mon cœur, et je chante ce que je sens. »
Ainsi parla Miroi. Aussitôt de son cœur jaillissent de sauvages chants de fiançailles , et l’harmonie attire de toutes parts les jeunes gars de la tribu des chats.
Tous les jeunes gars de la tribu des chats grondant, ronflant, ils viennent tous, ils viennent faire de la musique avec Mimi, ardents d’amour, altérés de plaisir.
Ce ne sont pas des virtuoses qu’un art profane dégrade pour un salaire; tous ils restent les apôtres de l’harmonie sacrée.
Ils n’ont pas besoin d’instruments ; ils sont eux-mêmes violon et flûte; leurs ventres sont des timbales; leurs nez sont des trompettes.
Ils élèvent toutes leurs voix ensemble dans un majes-
OEUVRES DE HENRI HEINE
tneux tutti; ce sont des fugues comme celles de Bach et de Gui d’Arezzo.
Ce sont des symphonies folles comme des caprices de Beethoven et de Berlioz; oui, ce sont des grondements, des ronflements fantastiques.
Merveilleuse puissance des sons! accents magiques et sans pareils ! ils émeuvent le ciel même , et les étoiles pâlissent.
A ces magiques accents, à cette merveilleuse harmonie, Sélène, au haut des cieux, voile sa face d’un crêpe de nuages. Elle ne dit mot.
Seule, la méchante langue, la vieille prima donna, Philoméla enfin , seule elle fait la moue, et renifle , et dénigre le chant de Mimi. — Ame froide !
Qu’importe cependant! le concert continue malgré la jalousie de la Diva jusqu’à ce que paraisse à l’horizon , toute ro«e et souriante, la fée Aurore.