‹ Œuvres completes de Henri Heine Poemes et legendesChapitre 8 sur 83 · LV · texte numérisé non relu

LV

Au carrefour sont enterrés ceux qui ont péri par le suicide ; une fleur bleue s’épanouit là; on la nomme la fleur de l’âme damnée.

112 ŒUVRES DE HENRI HEINE

Je m’arrêtai au carrefour et je soupirai ; la nuit était froide et muette. Au clair de la lune, se balançait lentement la fleur de l’âme damnée.

D’épaisses ténèbres m’enveloppent depuis que la lumière de tes yeux ne m’éblouit plus, ma bien-aimée.

Pour moi s’est éteinte la douce clarté de l’étoile d’amour; un abîme s’ouvre âmes pieds: engloutis-moi, nuit éternelle I

La nuit s’étendait sur mes yeux, j’avais du plomb sur ma bouche ; le cœur et la tête engourdis , je gisais au fond de la tombe.

Après avoir dormi je ne puis dire pendant combien de temps je m’éveillai, et il me sembla qu’on frappait à»mon tombeau.

— « Ne vas-tu pas te lever, Henri? Le jour éternel luit, les morts sont ressuscités: l’éternelle félicité confluence. »

— a Mon amour, je ne puis me lever, car je suis toujours aveugle ; à force de pleurer, mes yeux se sont éteints. »

— a Je veux par mes baisers, Henri, enlever la nuit qui te couvre les yeux ; il faut que tu voies les anges et la splendeur des cieux. »

l’intermezzo. 113

~ a Mon amour, je ne puis me lever, la blessure qu’un mot de toi m’a faite au cœur saigne toujours. »

— « Je pose légèrement ma main sur ton cœur, Henri ; cela ne saignera plus; ta blessure est guérie. »

— « Mon amour, je ne puis me lever, j’ai aussi une blessure qui saigne à la tête ; je m’y suis logé une balle de plomb lorsque tu m’as été ravie. »

— «Avec les boucles de mes cheveux, Henri, je bouche la blessure de ta tête, et j’arrête le flot de ton sang, et je te rends la tête saine. »

La voix priait d’une façon si charmante et si douce, que je ne pus résister; je voulus me lever et aller vers la bien-aimée;

Soudain mes blessures se rouvrirent , un flot de sang s'élança avec violence de ma tête et de ma poitrine, et voilà que je suis éveillé.

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