BAUDELAIRE
Ne me parlez pas de ce po€te-là. Je n'ai jamais compris la faveur dont il a joui auprès de certains esprits, je ne l'ai comprise du moins que par ce déplorable attrait de corruption souvent plus fort que l'attrait du talent. Pourquoi n'en pas parler? me dit-on, il a fait son bruit. J'en conviens, il a fait son bruit comme le fou qui ouvre sa fenêtre et adresse aux passants de bizarres apostrophes, comme le débauché qui sort la nuit d'un mauvais lieu, et offense pas ses chansons avinées la majesté des étoiles.
Ici s'arrêtent les notes du bon professeur, qui, paraitil, s'était fait une loi de ne pas toucher aui poëtes vivants. le vous les livre telles quelles. Il va sans dire que je n'en suis point le garant. H en est môme quelques-unes qui m'ont semblé d'une témérité quelque peu excessive. Vous m'en direz votre opinion à notre prochain revoir.
Bfaioteoant que vais-je faire ici 1 Ce lac de Cdme est vraiment bien beau. Cette lumière, ces bois, ces neiges qui brillent à l'horizon, cette nappe d'azur sillonnée par les bateaux qui vont et qui viennent, tout cela est sans doute plein d'enchantements; maïs, pourlecon-
LAC DE COHE. 380
templer nn mois de suite sans autre compagnie qu'un valet de chambre jardinier et une servante qui parle un patois moins savant que celui de nos félibres, il faudrait un courage que je ne me sens pas. ie compte donc, au risque d'étonner beaucoup Maria, partir au premier jour. J'aurai payé à peu prés cinquante louis les notes que j'ai prises dans le cahier du professeur, aucun libraire ne lui en eût donné ce prix-là : sur cette pensée qui rend la paix ik ma conscience, je mets à vos pieds mon hommage et mes noies.